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CHAPITRE IV

Télégraphes de nuit.

Pour compléter le télégraphe, il étoit nécessaire de le faire servir la nuit comme le jour, et lors des nombreux essais que ses auteurs ont faits pour trouver les formes les plus visibles pendant le jour, ils ont. constamment cherché les moyens d'y adapter des feux. Ils trouvèrent que des lanternes, placées à sept pieds les unes des autres, formoient, en les changeant de place à volonté, des lignes et des angles à peu près semblables à ceux que présentoit la machine à signaux de jour : il ne s’agissoit plus que de les construire, et de les établir de manière à suivre tous ses mouvements, de les faire assez grandes pour contenir un volume de feu qu’on püt apercevoir de loin, sans cependant que leur poids gênat le mou-

vement des pièces mobiles auxquelleselles seroient attachées. On leur donna une forme carrée : deux des côtés, larges de huit pouces et hauts de dix, étoient garnis de glaces, au travers desquelles on apercevoit la lumière; une bougie de deux pouces de diamètre étoit placée dans un tuyau soudé au centre, sur le fond de la lanterne, et 1l y avoit dans ce tuyau un ressort qui relevoit la bougie à mesure qu'elle brüloit. On ajouta, à quatre de ces lanternes attachées aux extrémités des pièces du télégraphe, un contre-poids, afin qu’elles conservassent la ligne verticale dans tous les mouvements de rotation ; la cinquième lanterne étoit fixée au milieu, et on parvint par ces dispositions à figurer , avec des feux, les lignes et les angles que formoient les signaux de jour.

Le télégraphe qu’on a vu pendant trois ans sur le dôme du Louvre étoit muni de ces feux; mais il n'offroit pas cette masse de lumière qui est nécessaire pour

être aperçue de très loin; et lorsque Napoléon désira établir une communication télégraphique pendant le jour et la nuit avec les côtes d'Angleterre, pour la descente qu'il projetoit , les auteurs du télé- . graphe modifièrent cette machine pour lui faire porter un appareil de feux beaucoup plus considérable.

La distance qui sépare Douvres du cap Grinez, et les brouillards qui couvrent souvent les côtes d'Angleterre, présentoient des obstacles qu'on ne pouvoit vaincre qu'en donnant une grande dimension aux signaux. On donna à la pièce principale dix-huit pieds de long sur deux pieds et demi de large, placée sur un mät de trente pieds d’élévation. Les ailes furent supprimées, et on divisa la grande persienne en deux parties , nommées indicateurs, qui se mouvoient séparément ; chacune d'elles étoit prolongée par un balancier en bois de dix-huit pieds de long, qui servoit de contre-poids; elles portoient à leurs extrémités une grande

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lanterne contenant un réflecteur parabolique de seize pouces de diamètre, au foyer duquel on allumoit une mèche à quinquet de huit lignes ; les réflecteurs paraboliques étoient mobiles et tournoient simultanément avec les indicateurs sur un axe qui leur étoit particulier , en conservant toujours le plan perpendiculaire au rayon visuel des deux stations qui correspondoient ensemble.

Une troisième lanterne étoit fixée à l'extrémité du mât, et marquoit dans toutes les positions des indicateurs un des angles du triangle.

Le nombre des signaux primitifs suffisoit pour rendre toutes les idées, et ils étoient facilement aperçus à huit lieues de distance. ( Planche XII.)

Des lanternes à réflecteurs , faites sur le même système, ont été attachées, en 1822, au télégraphe de Montmartre, et à celui qui est élevé sur l'hôtel de l’administration télégraphique à Paris. Les rélecteurs étoient beaucoup moins grands,

et quoique les pièces de ces machines n'eussent point été faites pour supporter le poids des cinq lanternes et de leurs réflecteurs, tout Paris a pu voir avec quelle rapidité les réflecteurs traçoient la nuit en caractères de feu les signaux des télégraphes de jour.

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