‹ Histoire de la télégraphieChapitre 16 sur 38 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Modifications que le télégraphe a éprourvées, et premières tentatives d'établissements télégraphiques.

Nous avons fait la description du télé- .

graphe françois, tel qu'il étoit lorsque Claude Chappe le présenta à l’Assemblée législative le 22 mars 1792; mais avant de parvenir à créer un télégraphe aussi simple et aussi fertile en résultats, il en avoit déjà fait plusieurs autres, de concert avec ses frères. La première correspondance télégraphique qu'ils eurent ensemble fut établie avec deux pendules à secondes, parfaitement en harmonie entre elles; le cadran étoit divisé en dix parties , dont chacune désignoit un chiffre de la numération ordinaire. Lorsque l'aiguille des sacondes de l’un des cadrans passoit sur le chiffre qu'on vouloit indiquer, on faisoit entendre un son qui annonçoit au g *

poste correspondant que le chiffre sur lequel se trouvoit l'aiguille, au moment où le son étoit entendu, étoit significatif, et en appliquant successivement les chiffres aux mots d'un vocabulaire, on pouvoit rendre toutes les idées.

Ce moyen pourroit servir dans une ville assiégée, où l'on feroit apparoître un point lumineux, au lieu de se servir du son , qu'il n’est pas toujours facile de faire entendre. Mais la lumière des feux ne peut être aperçue que pendant la nuit, et, pour se servir de ce procédé pendant le jour, on emploieroit un corps opaque, qui par son apparition et sa disparition feroit connoître le moment de marquer le chiffre indiqué par l'aiguille de chaque pendule. MM. Chappe correspondirent habituellement entre eux, par ce moyen, à trois lieues de distance ; ils firent constater ce résultat par des procès-verbaux authentiques (*), le 2 mars 1797, et ob-

(*) Voyez le procès-verbal dans la note 7.

DE LA TÉLÉCRAPHIE. 125

tinrent vers la fin de cette année la permission de faire à Paris des expériences publiques, et de placer la première station sur l’un des pavillons de la barrière de l'Étoile; mais la machine qu'ils y avoient fait établir fut renversée pendant la nuit, et brisée de manière quil n’en resta aucuns vestiges.

Six mois après cet événement, dont la cause ne fut pas connue, ils élevèrent un autre télégraphe à Ménil-Montant, dans le parc de Saint-Fargeau ; il étoit composé d'un chässis rempli par cinq persiennes qui paroissoient et disparoissoient à volonté, suivant les deux différentes positions qu'on leur faisoit prendre.

Ce nouveau travail fit courir quelques dangers à ceux qui faisoient cette expérience : un attroupement se forma dans le parc Saint-Fargeau; on mit le feu au télégraphe, et, au moment où ils arrivoient au parc pour continuer leurs opérations , on vint les prévenir qu'on vouloit les jeter au milieu des flammes.

Leurs recherches ne discontinuèrent pas, et ils acquirent la certitude, quelque temps après , que les corps allongés

étoient plus visibles que les trappes adop-

tées auparavant. La forme du telégraphe fut alors définitivement arrêtée , et la découverte fut présentée à l’Assemblée législative (dans la séance du jeudi soir, le 22 mars 1792 ); elle en renvoya l'examen à son comité d'instruction publique. Mais les événements qui survinrent quelque temps après, l'empéchèrent de s’en occuper, et le premier rapport qui fut fait sur cet objet n’eut lieu que le 4 avril 1793:

cé rapport autorisoit Claude Chappe à faire construire trois .postes d'essai ; MM. Chappe les établirent à Ménil-Montant, Écouen et Saint-Martin-du-Tertre , distant de sept lieues de Paris. Ce commencement de ligne télégraphique, mis en activité, procura aux auteurs du télégraphe l’occasion d'observer plus facilement et plus long-temps comment les changements de l’état de l'atmosphère

DE LA TELECRAPHIE. 127

et la situation des machines influent sur la visibilité des signaux ; il leur donna la facilité d'exercer leurs agents à la manœuvre, et de leur montrer l’ordre qu’ils doivent suivre dans les transmissions, lorsque le nombre des stations augmente; il fit connoître enfin beaucoup de petits faits que l'expérience découvre à celui qui exécute en grand une théorie nouvelle.

Lorsqu'il fut certain qu’un grand nombre de signaux pouvoient passer de suite promptement et correctement, Claude Chappe demanda au Gouvernement des commissaires pour s'assurer du résultat et de la réalité de la découverte.

À la première expérience qui fut faite en leur présence, ils témoignèrent leur surprise en voyant avec quelle facihté et quelle promptitude on faisoit parvenir, à sept lieues de distance, toutes les dépêches qu'ils donnoient à transmettre. Ils firent un rapport qui détermina l’Assemblée à ordonner l'établissement d’une ligne

télégraphique de Paris à Lille. Cet établissement fut exécuté ; mais, lors de lorganisation de la ligne, il se présenta une foule de difficultés et d'obstacles qui ne furent vaincus que par un zèle, une persévérance et un accord qui ne pouvoient exister que dans une famille intéressée tout entière au succès d’une invention dont elle devoit recueillir la gloire.

DE LA TÉLEGRAPHIE. 129

CR / D RL LV WU LR Q/R,

en"

Page 1