‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 117 sur 226 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

Mais ce coup de partie, quelque habile qu'il soit, n'a pas tout le succès qu'en attendaient ses auteurs. Le prisonnier est nommé maire à une grande majorité.

Au moment même où les modérés viennent de remporter cette éclatante victoire , arrivent trois représenlants du peuple, Basire, Le.gendre et Rovère. Le Comité de sûreté générale, dont ils étaient membres, avait eu l'adresse de les faire nommer commissaires dans le but apparent de porter des paroles de conciliation aux Lyonnais divisés, dans le but réel d'assurer la prépondérance à la faction Chalier. Leur premier soin est de confirmer le mandat d'arrêt lancé contre l'élu de la cité, et de rendre par conséquent nécessaire un nouveau vote. Les modérés, ne se sentant pas de force à résister à la pression exercée par les trois commissaires, que la Convention a revêtus de pouvoirs illimités, s'éloignent du scrutin ; Bertrand est élu sans conteste. Aussitôt Basire. Legendre et Rovère écrivent à l'Assemblée " qu'ils ont su tenir une balance égale entres les partis, car, s'ils ont favorisé la nomination d'un maire patriote, ils ont démasqué un magistrat prévaricateur qui vendait des certificats de civisme à beaux deniers comptants. »

Ce magistrat n'était autre que Laussel, l'ami de Chalier, celui qui avait commencé contre Gilibert une procédure dont on avait su tirer un si utile profit1. Mais

<- La destitution de Laussel avait été provoquée par la dénonciation dont la teneur suit :

« Noos, soussignés, officiers municipaux de la ville de Lyon, déclarons aux citoyens commissaires de la Convention que le citoyen Lausprocureur de la commune, a perdu notre confiance, et les

c'était en vain que, le but atteint, on avait, pour apaiser l'irritation des vaincus, brisé le vil instrument dont on

invitons à prendre sur l'objet telles mesures qu'ils estimeront convenables.

« VlLLARS, SA VTEHOUCHE , BoUCIIENA, BlCOY, CARTEROX,

Dubois, Francallik, Bedon, Cbagot, Destbfarrie, Milon, L. Émery, Nokl, Roch. »

A cette demande, les trois commissaires de la Convention avaient répondu par l'arrêté suivant :

« Nous, commissaires de la Convention nationale pour le rétablissement de l'ordre dans le département do Rhône-ct-Loire et lieux circonvoisins, lecture faite de la déclaration souscrite par les officiers municipaux de la commune do Lyon, portant que le citoven Laussel, procureur de la commune, a perdu leur confiance, et de plusieurs autres déclarations souscrites par diverses personnes des faits de prévarication qui lui sont imputés dans l'exercice de ses fonctions;

« En vertu des pou\oirs qui nous ont été conférés par l'article i du décret du 25 février dernier, arrêtons :

« 1° Que le citoyen François-Auguste Laussel demeure suspendu de ses fonctions, et qu'il sera mis sur-le-champ en état d'arrestation dans la maison de sûreté dite do Saint-Joseph, pour y être tenu au secret jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné;

« 2* Que l'administration de la police /lemeure requise de faire apposer sans délai les scetlés sur ses papiers, meubles et effets ;

« 3° Enfin qu'expédition du présent sera promptoment adressée à la municipalité qui demeure invitée d'en donner connaissance tant à l'administration de la police, pour ce qui la concerne, qu'au conseil général de la commune, et de procéder au remplacement provisoire dudit citoyen Laussel dans les formes ordinaires.

« Fait et arrêté à Lyon le 13 mars 1793.

» Rovkrk, Basire, Legendrk, commissaires; Magnon. secrétaire de la Commission, n

Ce Laussel était un prêtre défroqué et marié. Une longue et minutieuse instruction prouva toutes les exactions que lui, sa femme et son secrétaire commettaient journellement, à l'égard des malheureux qui

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