‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 118 sur 226 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

s'était servi. On ne fausse pas impunément le suffrage universel, on ne violente pas sans danger la liberté électorale. On avait, il est vrai, imposé à la seconde ville de la République un maire selon le cœur des démagogues. Mais, pour obtenir ce résultat, on avait profondément froissé l'immense majorité de la population lyonnaise. L'indignation qu'elle ressentit d'un si profond mépris de ses droits et de ses vœux ne devait pas larder a éclater et à produire d'épouvantables catastrophes

avaient quelques grâces à solliciter du procureur-syndic de la commune de Lyon. Laussel et ses deux complices furent traduits au tribunal révolutionnaire, mais naturellement ils obtinrent leur acquittement. Les loups ne se mangent pas entre eux.

L La lettre ostensible des trois commissaires est imprimée au Moniteur, n° 81 . Mais nous avons retrouvé une lettre confidentielle écrite à Pache par deux d'entre eux, Rovèro et Legendre; on y verra comment ces prétendus apôtres de conciliation et de paix comprenaient leur mission; comment des représentants du peuple, qui avaient nvu mandat pour parler au nom de la Convention entière, ne travaillaient qu'au profit de la Montagne.

t.* on, •*» in us.

« Citoyen maire de Paris, notre ami, la commission importante dont nous avons été chargés par la Convention nous a privés du plai- >ir de diner avec vous mardi, jour de notre départ. Nous voulons nous en dédommager en correspondant avec vous. Nous avons trouvé «vite intéressante cité dans un état bien déplorable pour les vrais jacobins. Elle renferme décidément un parti de contre-révolutionnaires coalisés avec la cour de Turin, l'Allemagne et la Suisse, et n'attendant que le moment d'une irruption sur le territoire de la République pour arborer la cocardo blanche et massacrer les vrais patriotes. La seconde section des habitants de Lyon a été pervertie par les écrits insidieux des Roland, des Drissot. Enfin il nous reste les élus de la patrie, les sans^culotlcs réintégrés dans leur club

Ce n'était pas assez pour la France d'être en proie à une épouvantable anarchie, de se sentir isolée au milieu de l'Europe en armes, de voir ses premiers succès se changer en désastres. Elle allait avoir à supporter le plus grand de tous les malheurs, la guerre civile, et de toutes les guerres civiles la plus cruelle et la plus vivace, la guerre de religion.

C'est à ce résultat que devaient inévitablement aboutir

dévasté, reprenant haleine en voyant parmi eux trois commissaire* de la Montagne et du comité de surveillance...

a Un certain Gilibert, brissolin bien avéré, avait réuni la majorité pour être maire. Il est détenu dans la maison d'arrêt pour délit de provocation au meurtre contre les patriotes. Il a donné sa démission. On procédera vendredi a une nouvelle élection. Tous nos effort» doivent être dirigés dans ce moment à faire nommer un citoyen vraiment patriote; si nous obtenons cet avantage, nous aurons déjà fait un grand pas vers notre but de faire revivre le patriotisme abattu.

a Un chagrin auquel nous ne devions pas nous attendre a été de voir le bataillon des Marseillais se déclarer le plus fortement contre les vrais patriotes, et nous donnera lui seul plus d'inquiétudes que toute l'aristocratie réunie. Nous avons requis Kellermann de nous envoyer un régiment de dragons; nous l'aurons demain avec un officier général, que nom ferons marcher. Faites-nous l'amitié de nous communiquer vos sages réflexions et d'être persuadé que nous vous aimon> bien sincèrement.

« F. Rovkrk, Lkgendre. »

« P. S. Les calomnies de Brissot nous ont précédés dans cette villp, et nous sommes assurés que ses correspondants dénaturent nos discours et nos actions pour nous faife perdre la confiance. »

L1VKE XXX.

les témérités de l'Assemblée constituante. En promulguant sa fatale constitution civile du clergé, elle avait, sans le savoir et sans le vouloir, enfanté un schisme, qu'avaient entretenu et développé des décrets de plus en plus rigoureux.

Quand on a la force en main, comment résister à la tentation de l'employer? Louis XIV avait poursuivi au désert les assemblées protestantes, enfermé dans des couvents, jeté aux galères ceux de ses sujets qui ne voulaient pas se convertir à sa religion. A leur tour, les philosophes de la Constituante, qui avaient passé leur jeunesse à maudire les auteurs des dragonnades, en arrivèrent bien vite à suivre leurs exemples. A cent ans de distance, à la fin du xvin" siècle comme à la fin du xvir, les pratiques gouvernementales furent les mêmes contre de prétendus rebelles dont le culte était différent, dont le sort fut pareil. Les consciences furent également violentées en vertu de la même maxime qu'on n'eut qu'à modifier d'une manière presque insensible : l'Etat c'est moi, avait dit Louis XIV, VÊtat c'est nous, dirent les Jacobins.

Presque tous les départements furent agités par les troubles religieux ; mais les provinces de Bretagne , d'Anjou et de Poitou furent les seules où ces troubles se transformèrent en luttes sanglantes et acharnées.

On a cent fois décrit les lieux qui furent le théâtre de celte guerre et les mœurs des habitants qui y prirent part. Il serait superflu de revenir sur ce sujet. Contentons-nous de mettre en relief quelques points un peu trop laissés dans l'ombre par certains historiens, et sur*

tout exposons les griefs principaux qui poussèrent ces populations à une révolte ouverte.

Dans ces trois provinces, les grandes villes sont rares, les bourgs sont disséminés de loin en loin, les villages mêmes ne sont pas agglomérés. Ils se composent d'un grand nombre d'habitations isolées; chaque champ est entouré de haies, plantées sur les bords de fossés profonds. Des chemins, que les eaux ont ravinés depuis plusieurs siècles, sont les seules voies de communication, nous ne disons pas de maison à maison, mais de village à village, de bourg à bourg. Les paysans, presque tous occupés à. l'élevage des bestiaux, vont très-rarement à la petite ville voisine, et professent pour les bourgeois qui l'habitent une an i m os i té instinctive. Lâchasse est leur occupation favorite; passer la nuit à l'affût dans les marécages fait leur bonheur. La contrebande sur les côtes et, avant l'abolition de Tirapôt du sel, l'exportation frauduleuse de cette denrée des provinces rédimées dans les provinces de gabelle avaient donné à beaucoup d'entre eux l'habitude des ruses, des surprises et des combats nocturnes.

Le gentilhomme breton ou vendéen vivait en bon accord avec ses vassaux. Allant fort peu à la cour, il mangeait ses revenus, généralement assez minces, sur ses propres terres. Le montant des fermages ne se dépensant pas à Versailles et restant dans le pays revenait assez promptemenl dans les mains de ceux qui l'avaient payé. 11 y avait partout une demi-aisance, de richesse nulle part.

Le clergé de ces contrées était pauvre et cependant

Page 1