‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 145 sur 226 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

— Je ne suis ni bien ni mal. C'est une tete bornée qui est incapable de rien faire par elle-même, on ne peut donc s'y confier. En attendant, j'ai ce double avantage sur lui, qu'il est, .quanta présent, cloué sur place par l'armée prussienne et qu'il est bien plus loin que moi de Paris. Cependant, s'il marchait sur moi. je prierais le prince de Cobourgde me venir en aide avec son armée; et je saurais bien lui ouvrir le chemin pour venir jusqu'à moi...

« Mais une autre chose a ne pas omettre, ajoute-t-il négligemment; priez le prince de tenir prêts quelques vingt mille louis d'or pour le cas où j'aurais besoin de faire distribuer cette somme à mon entrée à Paris. J'ai bien, il est vrai, assez d'argent dans ma caisse militaire, niais peut-être vaudrait-il mieux ne pas puiser dans cette caisse, de peur d'éveiller les soupçons. »

Dumouriez renouvelle son engagement d'évacuer sur-le-champ les Pays-Bas, et Mack déclare en revanche, au nom du prince de Cobourg, qu'une fois arrivé à la frontière, celui-ci ne se mettra pas en mouvement avant (|ue le général français ne l'ait requis de marcher à son secours.

Cette promesse réciproque ayant été solennellement donnée, les deux contractants se séparent. Mack court à Bruxelles faire part à son général du résultat de sa conférence et expédier à l'Empereur un courrier extraordinaire1.

I. Cotte conversation, d'une importance historique si considérable, est racontée dans un rapport officiel, daté du 26 mars et adressé de Bruxelles par Mack à l'empereur François. Nous nous

m HISTOIRE DK LA TERREUR.

Par une singulière coïncidence, ce fut en sortant de son entrevue avec l'envoyé autrichien que Diimouriez reçut le décret (jui lui ordonnait de faire arrêter le général Miranda à raison de sa conduite à Xerwimle. Dans cet ordre, qu'il se lu\ta du reste de faire exécuter, vit-il un présage du sort qui l'attendait, s'il se laissait devancer par la Convention? donna-l-il quelques regrets à la disgrAce d'un compagnon d'armes? Nul ne peut le dire.

Dumouriez, fidèle à la promesse qu'il a faite à l'envoyé de Cobourg, ne reste pas longtemps à Ath el établit son quartier général à Tournay. A peine y estsommes borné à mettre sous forme de dialogue le récit qui, dans le rapport officiel, est naturellement à la troisième personne et à y ajouter quelques particularités qui se trouvent relatées dans un rapport postérieur du prince de Cobourg.

Pendant que nous faisions la découverte de ce précieux document, le professeur do Svbel, dans son remarquable ouvrage sur la Révolution française, (,'eschichle (1er Iievolutionszcit von HHU bis /7.T>. donnait l'analyse d'une lettre écrite du quartier général du prince de Cobourg par un officier prussien qui y était attaché, le comte Tauensien. La lettre prussienne, moins longue et moins détaillée que celle du colonel Mack, la confirme dans ses points les plus essentiels.

Par un motif que nous ne >aurions expliquer, Dumouriez, dan< ses Mémoires, commet une inexactitude palpable ; il fixe au 27 mars la conférence d'Alli. Le rapport officiel de Mack porte la date du 26 au matin. Il fut écrit aussitôt après le retour de cet officier ii Bruxelles, La conférence de Dumouriez et du colonel autrichien cul donc lieu d ms la nuit du 2o au 26.

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