LIVRE XXXI
il arrivé qu'il reçoit la visite de trois commissaires envoyés par le ministre des affaires étrangères, Lebrun, pour nouer des intrigues en Hollande et en Belgique. L'évacuation de ces deux pays les mettant dans l'impossibilité de remplir leur mission , ils viennent se concerter avec le général sur ce qu'ils ont à faire dans les conjonctures présentes.
Ces commissaires étaient le Belge Proly, qui, disaiton, était fils naturel du prince de Kaunitz, Dubuisson. homme de lettres assez obscur, Percyra, juif portugais1. Tous les trois avaient été fort mêlés au\ troubles des Pavs-Bas en 1787.
Proly, qui connaissait Dumouriez de longue date, se rend seul près de lui; il en est fort mal reçu Le général commence par lui reprocher de l'avoir attaqué au club Saint-IFonoré ; mais, quittant bientôt la question particulière pour la question générale, et oubliant que la prudence est la première qualité du conspirateur, il exhale tout haut sa mauvaise humeur contre la Convention et les Jacobins; il rejette sur eux la responsabilité de tous les maux qui affligent sa patrie, déclare qu'il est assez fort pour se battre par devant et par derrière; que, dut-on l'appeler César, Cromwell ou Monck, il sauvera la France seul et malgré la Conven-
t. Ces troi* commissaires du pouvoir exécutif, que la Convention déclara avoir bien mérité do la patrie pour avoir dévoilé les premiers les trames de Dumouriez, furent, huit mois après, compris dans la conjuration dite de l'étranger et traduits comme complices de re complot imaginaire devant le tribunal révolutionnaire. Ils furent condamnés à mort et exécutés le 4 germinal an II (23 mars 1794].
lion. Ces [tropus fort compromettants étaient tenus devant tout l'élat-major et aussi devant de nombreuses députationsde la ville et des environs. Proly, se souriant fort peu de servir de but aux boutades du général, s'esquive et va se concerter avec ses compagnons afin d'obtenir une entrevue un peu moins publique où I on puisse traiter sérieusement des graves affaires du moment.
L'entrevue est accordée pour le 27 à neuf heures du soir. Dumouriez reprend alors la conversation au point où il l'a laissée la veille.
« La Convention, dit-il, je l'ai en horreur, appelants, ou non appelants; le tribunal révolutionnaire, je ne le reconnais pas; la nouvelle constitution, i\ est impossible de l'accepter: il faut rétablir la royauté et la Constitution de 1791.
— Mais à qui, demande Dubuisson, ferez-vous prendre l'initiative d'une pareille révolution.
— Mon armée, oui, mon armée, l'armée des mameluks si vous le voulez, fera connaître de son camp qu'elle veut un roi, et son vœu sera accepté par les cinq cents districts de France. Les présidents de chaque district me répondront du vote de leur circonscription.
— Mais, bien avant d'avoir réussi, vous serez décrété d'accusation.
— Je me moque de tous les décrets que l'on pourra rendre contre moi, je défie la Convention de me faire arrêter au milieu de mon armée ; au reste, j'aurai toujours pour dernière ressource un temps de galop vers les Autrichiens.