‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 36 sur 226 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

s'épargner ce nouvel adversaire; car l'intérêt évident de l'Espagne, au moment où la guerre entre la France et l'Angleterre devenait imminente, était de s'allier avec les autres puissances maritimes et de faire observer strictement le droit des neutres. C'est ce que comprirent la Suède et le Danemark. Ces deux gardiens de la Baltique crurent avec raison devoir persévérer dans le système adopté par eux en 1780. La république des Etats-Unis adhéra seule à cette politique; le Portugal, Naples et les autres États italiens se laissèrent entraîner dans la coalition européenne.

Les populations des contrées transalpines, profondément attachées à la monarchie et au catholicisme, avaient vu avec horreur la chute du trône de Louis XVI et la sanglante proscription étendue sur tout le clergé français. Le chef de la chrétienté avait été gravement lésé dans ses intérêts temporels comme souverain, et dans sa dignité comme pontife. On l'avait dépouillé du Comlat-Venaissin, insulté dans des émeutes populaires, qu'on n'avait rien fait pour réprimer, plus tard bafoué dans des documents ministériels1. On lui

4. Nous n'avons besoin que de rappeler la fameuse lettre du 23 novembre 4792, dans laquelle le conseil exécutif qualifiait le pape

simple cveque de Rome et lui prédisait une chute prochaine. Voir celte lettre, tome V, p. 8?.

avait déclaré moralement la guerre bien longtemps avant que de cesser avec lui tout rapport officiel.

J^e gouvernement français, qui conservait à Rome un consul lorsque le pape n'en avait plus en France, élevait la prétention de faire arborer sur la demeure de cet agent l'écusson de la République, au moment même où il venait de laisser traîner dans la fange des ruisseaux, à Marseille et à Paris, les insignes du gouvernement pontifical. Celui-ci s'y était formellement opposé, et avait déclaré que son refus subsisterait tant qu'on ne lui- aurait pas fait réparation des griefs dont il se plaignait. La négociation relative à cet objet était suivie par Basseville, secrétaire de la légation de Naples, à défaut d'un chargé d'affaires officiellement accrédité près le Saint-Siège. Mais sa position, ainsi que celle de tous les Français qui résidaient dans la ville éternelle, soit comme élèves de l'Académie de Rome, soit à tout autre titre, devint très-difficile au moment du procès du roi. A chaque nouvelle phase de ce lamentable débat, une indignation des plus vives se manifestait dans tous les rangs de la société; les habitants du Transtevère n'étaient pas les moins animés. Chaque jour, depuis Noël, des rassemblements populaires se formaient autour du consulat de France. Le 12 janvier, arrive de Naples un officier de marine, nommé De Flotte, avec les dernières instructions du pouvoir exécutif. Elles portaient l'ordre exprès de placer, dans les vingt-quatre heures, l'écusson de la République sur la maison consulaire; elles n'admettaient ni refus, ni délai.

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