‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 37 sur 226 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

Le lendemain, Basseville et De Flotte, sans attendre la réponse du gouvernement pontiûcal, sans écouter les représentations du consul de France, sortent en voiture et vont au Corso braver l'émeute qui gronde depuis le malin. Ils y sont assaillis à coups de pierre et forcés de se réfugier dans la maison d'un négociant français. La garde accourt pour les protéger; mais, malgré ses efforts, les portes de la maison sont forcées, Basseville est frappé mortellement dans les bras de sa femme. De Flotte parvient à se sauver par une fenêtre ; Mme Basseville est respectée par les assassins, mais la maison est pillée, livrée aux flammes. Plusieurs édifices, et notamment l'Académie de Rome, subissent le même sort; les élèves sont poursuivis, mais réussissent à s'échapper. Des propriétés de nos nationaux on passe à celles des juifs, que l'on accuse d'être partisans de la Révolution française. Pendant deux jours l'émeute est maîtresse de la ville, et un grand déploiement de forces militaires peut seul y mettre lin \

De Flotte, qui est parvenu à gagner Naples, accourt de là à Paris raconter au pouvoir exécutif les scènes où il a été acteur et témoin. Le Conseil ne croit devoir réclamer du gouvernement pontifical ni explica-

L On trouve dans le Moniteur du 4 février 1793, n° 35 : 1° La lettre du secrétaire d'État du gouvernement pontifical, qui e?t antérieure de quelques jours aux événements du \3 janvier et. dans laquelle sont exposés les motifs du refus que la cour de Rome croit devoir opposer aux prétentions du chargé d'affaires do France;

*> Le rapport officiel du consul de France sur le meurtre de Basseville.

HISTOIllï- DE LA ÏERHKUR.

lion ni réparation ; ii adresse i m média te ment à la Convention un message pour lui demander les moyens de tirer une vengeance éclatante « de l'insolent hypocrite de Rome, qui outrage et désole le genre humain depuis trop longtemps. »

L'Assemblée s'émeut avec raison au récit du triste événement dont la capitale du monde chrétien vient d'être le théâtre; elle s'empresse d'adopter l'enfant de la victime et d'accorder une pension à la veuve. Mais l'occasion s'offrait de faire remonter au souverain pontife la responsabilité du meurtre, elle est avidement sai:?ie par les passions antireligieuses.

« Il faut brûler le Vatican! crient plusieurs voix. — Il faut, ajoute Jean Debry. venger la liberté outragée. Quand Kome corrompue voulut punir Jngurtha, elle sut bien le saisir et le faire mourir dans les cachots. On comprend à qui s'applique cette comparaison \ »

\. Jour/ml des (frbttls cl diicrcls, n° 137, p. î"j.

Quelque? années après, le Directoire se chargea i!e mettre à exécution celte menace. U»s cachots de Valence virent mourir dans une lente agonie le malheureux vieillard qu'avait désigné aux vengeances de la République le conventionnel Jean Debry. Sans doute ceiui-ci, lorsque quelque- années plus tard il devint sous Napoléon 1er préfet et baron, n'ainuit pa* qu'on lui rappelât sa violente sortie contre le saint-père, non plus que sa fameu-e proposition du 18 août 1792 pour la levée d'une légion de -1,20) tyr.nnicides chargés de débarrasser la terre de tous les rois et < e tous les empereurs.

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