‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 65 sur 226 · LIVRE XXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVIII

naires, tant pour les contributions directes que pour les contributions indirectes1, montent à 220 millions; il est vrai qu'à ce chiffre s'ajoutent 41 millions de dons patriotiques ; mais il est difficile d'en espérer autant pour les années suivantes.

Depuis que la guerre est commencée, la République dépense 200 millions par mois; il n'y a que des ressources extraordinaires d'un genre tout particulier qui puissent faire face à des dépenses si exorbitantes. Ces ressources sont les biens du clergé et ceux des émigrés. Des premiers l'on a déjà vendu pour 1,850 millions, il n'en reste à vendre que pour 380 millions. Il faut . maintenant songer à faire ressource des seconds en y joignant les biens de la liste civile, ceux de l'ordre de Malte et des collèges, enfin les palais épiscopaux, qu'on reprendra aux nouveaux évêques moyennant le payement d'une indemnité de logement. Le nombre des émigrés peut être évalué à soixante-dix mille, et le chiffre de leurs propriétés à 5 milliards, dont 2 suffiront pour payer les dettes des anciens possesseurs.

« Les 3 milliards restant disponibles, ajoute Canibon, sont plus que suffisants pour mener à bonne fin la guerre contre les despotes européens. De cette manière, les anciens privilégiés, en s'armant contre nous, auront fourni les moyens de repousser les ennemis qu'ils nous

I. Les contributions indirectes se composaient du produit des pustes, des douanes, du timbre, de l'enregistrement, des messagerie» et des loteries (l'impôt du sel et du tabac ayant été aboli, ; elles produisaient 70,000,000. Les contributions directes se montaient à 130.000.000.

suscitent, de maintenir la souveraineté nationale qu'ils dénient, d'établir la liberté et l'égalité qu'ils méprisent. »

Enfin, il est une autre ressource que le financier montagnard fait largement entrer en ligne de compte, c'est l'indemnité due à la République par les nations délivrées, grâce à nos armes victorieuses, du joug de leurs tyrans. « Les révolutions, dit-il, ne peuvent se faire avec des contributions extraordinaires, parce que ces contributions pèsent sur la partie laborieuse et indigente du peuple; elles ne peuvent se faire par des emprunts, parce que personne ne veut prêter à une nation qui, voulant être libre, n'a pas encore de gouvernement1. Il ne reste donc d'autres ressources aux peuples affranchis que de réaliser la valeur de leurs biens nationaux pour s'acquitter envers nous. C'est ce qu'ils feront, n'en doutez pas. »

Convaincue par les arguments du rapporteur, l'Assemblée adopte sans débat les conclusions du Comité des finances, qui propose de créer 800 millions de nouveaux assignats devant avoir pour gage les biens des émigrés, puisque ceux du clergé sont déjà dévorés.

\. Dans un autre passage de son rapport, Cambon disait : «Si nous voulions dans ce moment contracter un emprunt, les gens à portefeuille, qui calculent sur la misère publique, nous diraient : A qui voulez-vous que nous prêtions? A la République française? Nous ne la connaissons pas. Il n'existe aucun gouvernement. Lorsque la Constitution sera terminée, si elle nous convient, nous verrous ce que nous aurons à faire. »

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