‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 95 sur 226 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

demande que tous les membres de la Convention qui font des journaux soient tenus de rendre l'indemnité qu'il» ont reçue.

— Il suffit de décréter, réplique Lacroix, qu'ils sont tenus d'opter entre la qualité de folliculaires et celle de représentants du peuple. »

Celle proposition, qui n'était autre que celle que Duhem avait faite la veille, était directement lancée contre Brissot, Condorcet, Louvet, Gorsas, Carra, Rabaut-Saint-Étienne, qui étaient chacun à la télé d'un journal fort accrédité. Dans la Montagne elle n'atteignait à peu près que Marat, fort embarrassant pour son parti ; aussi est-elle accueillie avec applaudissements et adoptée à l'instant même.

La facilité de l'Assemblée à se montrer exclusive encourage Collot-d'Herbois. II demande que l'on écarte de la liste des commissaires à envoyer dans les départements tous ceux qui ont voté l'appel au peuple. D'autres propositions s'entre-croisent, mais toutes sont conçues dans le même esprit; toutes elles témoignent de la pression que ne cessent d'exercer les séides du jacobinisme, qui peuplent les galeries et encouragent du geste et de la voix les propositions de l'extrême gauche.

Cependant le bruit se répand tout à coup que la foule du dehors a peu à peu disparu ; que les émeutiers des tribunes n'ont plus les soutiens su/ lesquels ils croyaient pouvoir compter; que les postes de la Convention ont été doublés ; que le bataillon des volontaires breslois, qui n'a pas encore quitté Paris, bien que

son départ ait été décrété, arrive au secours de la représentation nationale.

Ces nouvelles, connues aussi vite dans les galeries que parmi les députés, opèrent un revirement soudain. Les aflidés des conspirateurs voient que le coup est manqué, que peut-être ils vont être arrêtés ; ils disparaissent, sans bruit, un à un. Les tribunes se dégarnissent à vue d'œil ; bientôt il n'y reste plus que quelques spectateurs attardés qui ne sont pas dans le secret de la comédie.

Que s'était-il donc passé? Varlet, La/owsky. Fournier, n'avaient pu, malgré leurs efforts, réunir qu'un nombre assez limité d'individus prêts à exécuter aveuglément leurs ordres. La foule qui stationnait aux portes de la Convention s'était dissipée pour échapper à une pluie torrentielle survenue tout à coup. Beurnonville. ministre de la guerre, laissant ses collègues délibérer gravement sur le parti qu'il serait opportun de prendre \ avait escaladé les murs de l'hôtel pour éviter de tomber dans une embuscade et avait couru à la caserne des Brestois. Tl y avait été rejoint par Kervélégan, député du Finistère. Ces deux courageux citoyens n'avaient pas eu de peine à se faire suivre par les volontaires qui avaient déjà dissipé les troubles de février et qui étaient fort redoutés des émeut iers parisiens.

A une heure du matin, Beurnonville se présente à la barre et annonce à l'Assemblée qu'elle n'a plus rien à

{. Voir le rapport que Garât vint faire le 13 à l'Assemblée, et o'i sont longuement exposés les trois partis que le conseil exécutif pouvait prendre.

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