LIVRE XXIX. I9S
actions qui venaient protester de leur zèle pour le recrutement. Mais le concours de ces députalions, presque toutes fort nombreuses, accumulait une multitude d'hommes armés autour de l'Assemblée. Il était dès lors fort aisé aux conjurés de profiter du désordre et de la nuit pour exécuter leurs desseins contre les membres du côté droit.
Il n'y avait, du reste, dans la salle que fort peu de députés , les convocations ayant été faites très-tard
Les Montagnards, qui étaient initiés aux projets des (ODjurés. les Girondins, qui les soupçonnaient, s'étaient, bien qu'ils ne se fussent fait aucune confidence, arrêtés au même parti : s'abstenir de paraître ce soir là à l'Assemblée.
Réunis chez Pétion, les amis de M'ne Roland sont informés d'heure en heure des violentes motions discutées aux Jacobins. Apprenant qu'une foule nombreuse assiège les portes de la Convention , ils veulent épargner un crime au peuple de Paris en ne donnant pas tête baissée dans le piège qui leur est tendu.
Quant aux Montagnards, ils accordent bien leur consternent tacite à l'expédition projetée contre leurs adversaires, mais ils ne veulent pas avoir l'air" d'y participer. Ils laissent agir les enfants perdus de la démagogie, sauf à les désavouer s'ils échouent, sauf à profiter de leur audace s'ils réussissent.
A peine le président est-il monté au fauteuil qu'il
t. D'après les mémoires inédits de Fockedoy, député du Nord, que nous avons eus à noire disposition, il n'y avait pas dans la salle *us <#qU conventionnels.
VJ6 HISTOIRE I)K l\ TKUUKCK.
reçoit d'un des collaborateurs de Gorsas la nouvelle du pillage de l'imprimerie du Courrier des Départements. Mais, à cette lecture, la gauche répond par des cris répétés : « L'ordre du jour, l'ordre du jour ! »
« Comment, s'écrie le courageux Mazuyer, l'un des rares députés de la droite présents à la séance, vous demandez l'ordre du jour, lorsque Ton vous annonce que la vie d'un de vos collègues, a été menacée ! »
La protestation du courageux Girondin se perd au milieu du tumulte.
« Pourquoi, s'écrie Lacroix, Gorsas s'attache-t-il à gangrener l'esprit des départements ?
— Gorsas est d'autant plus coupable, ajoute Billaud- Varennes, que les presses dont il se sert et que le peuple vient de briser, sont celles de l'abbé Royou. On les avait données à Gorsas le 10 août, il les a prostituées comme ce royaliste.
— Dans Gorsas, reprend Lacroix, il y a deux hommes : le représentant de la nation, le peuple l'honore ; le journaliste, le peuple le méprise. Renvoyons cette lettre au maire de Paris pour vérifier les faits, car tout ceci pourrait n'être qu'un jeu. Dans la nuit du 9 août, lorsqu'on tramait le complot d'emmener la Cour et le Corps législatif à Rouen, on venait nous dire aussi que les jours des députés n'étaient pas en sûreté.
— La vérité, que vient de poser Lacroix, est incontestable, dit Thuriot; un représentant de la nation doit tous ses moments à la République. En faisant un journal, il vole l'indemnité qu'il reçoit de la patrie. Je