‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 97 sur 226 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

le mépris de la mort, qui gagnent les batailles et font les révolutions.

« Où veut-on nous mener? Est-ce à la royauté? Mais il y a ici sept cents députés armés chacun d'un poignard pour frapper l'ambitieux qui aurait oublié le 21 janvier. \ l'anarchie? Mais les départements sont forts et libres; ils ne la souffriront pas. Son règne ne peut, d'ailleurs, être de longue durée , car il est borné par les fléaux mêmes qu'il traîne à sa suite. A un gouvernement municipe? Mais qui peut espérer cet imbécile et singulier échafaudage dont l'orgueil de Rome abusa si longtemps? Paris, cette téte difforme, qui a fait périr le despotisme, peut-elle espérer absorber tout le gouvernement, tous les pouvoirs? Les Français ne doivent plus désirer qu'un gouvernement entièrement démocratique. Loin de nous toutes les aristocraties, aussi bien celle des gens audacieux que celle des hommes populaires. On a voulu jeter de la défaveur sur la séance d'hier. Celle du malin m'a paru belle, parce qu'on ne s'y est occupé que d'objels d'intérêt national et de sûreté générale. Je n'en dirai pas autant de celle qui l'a suivie. A côté de nous, des hommes de sang prêchaient le meurtre comme ils ont prêché le pillage. Je les ai entendus ; mais que m'importe ! Je serais chargé de fers que je leur dirais encore : « Scélérats, je suis libre ! car vous ne pouvez rien sur « ma pensée. Vous pouvez m'arraeher la vie, mais « l'honneur d'un citoyen n'est pas en votre puissance. »

« On a parlé à cette tribune de projets qu'on a hautement énoncés hier aux environs de cette salle, de couper

tète à quelques députés. Citoyens, les têtes des dépu-

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lés sont bien assurées; les têtes des députés reposent sur l'existence de tous les citoyens; les têtes des députés sont posées sur chaque département de la République. Qui oserait y toucher? Le jour de ce drame impossible, la République serait dissoute et Paris anéanti On a souvent dit à l'Assemblée qu'elle n'était pas libre. Il est possible que ceux qui le répètent ne le soient pas. La liberté tient à la force du caractère et à la chaleur brulante du cœur. L'homme est toujours libre quand il veut l'être; un mandataire du peuple sait toujours se faire respecter. Le peuple sait qu'il s'honore lui-même en portant des égards aux citoyens qu'il a chargés de le représenter. On dit que le ministre de la guerre a été menacé hier aux abords de celle salle; pour faire punir ce délit, il faut que nous en ayons une connaissance exacte. Le Conseil exécutif, dont il est membre, n a-t-il pas des moyens de défense publique; ne peut-il pas se plaindre à la Convention des menaces et des outrages qui lui sont faits?

« Ne consumons pas un temps précieux à des motions particulières de police intérieure; méprisons les propos infâmes d'hommes salariés qu'il faut livrer à la justice, passons à l'ordre du jour et occupons-nous des mesures de sûreté générale. »

4. Nous avons abrégé quelques parties du discours de Barère. parce qu'il est plein de redondances. Mais nous avons respecté ce paragraphe dans son intégrité ; nous laissons à l'orateur la responsabilité tout entière de ses hardies métaphores.

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