‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 100 sur 262 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

delà garde nationale, les meneurs jacobins réussirent'' encore à introduire, dans les rangs de toutes les compagnies, de nouveaux éléments favorables à leurs desseins.

Sous prétexte de combler les vides que laissaient les braves gardes nationaux partant pour la frontière, ils firent appeler au service ordinaire une foule de citoyens, non inscrits sur les contrôles, et qu'ils armèrent de piques. Bien plus, les fédérés, sur lesquels on croyait pouvoir compter, et que, sous des prétextes différents, on rete-

la sainte égalile en renonçant à la distinction futile qu'ont introduite, parmi les citoyens armés, des hommes qui n'ont pas eu le courage d'être grands lorsqu'ils pouvaient atteindre à l'immortalité en fondant d'une manière inébranlable le règne de la raison et de la justice...

« Nous abjurons toute marque de distinction et renonçons à la qualité de grenadier; nous déposons sur le bureau nos bonnets et nos épaulettes, pour être envoyés à nos frères des frontières. Ces ornements sont plutôt faits pour épouvanter les Autrichiens que pour établir entre les citoyens-soldats une ligne de démarcation. »

Ces adresses furent imprimées par ordre de l'Assemblée, une d'elles, celle des dissidents du bataillon de la Butte-des-Moulins , se terminait par une phrase qui fut retranchée, en vertu d'îm décret spécial, sur la copie envoyée à l'impression. Elle parut trop violente à l'Assemblée, qui pourtant en entendait tous les jours d'à peu près semblables. Voici cette phrase que nous avons pu déchilTrer sous les ratures qui la couvrent :

c Puisse notre exemple être suivi par taus les bons citoyens qui restent encore dans ces compagnies distinguées, afin que le reste soit voué à l'exécration de tous ceux qui, comme vous, qui, comme nous, sauront mourir pour la liberté! »

Le principal promoteur de cette dernière adresse était un nommé Marine, marchand de porcelaine au Palais-Royal. Ce Marine aspirait à jouer un rôle dans la révolution ; voici celui qu'il y joua.

Il fut nommé membre de la commune quelques jours après lo

nail à Paris au moyen de quéles faites aux Jacobins et dans les sections les plus révolutionnaires, furent admis dans les bataillons des quartiers qu'ils habitaient, ou dans ceux qui leur étaient unis par les liens d'une confraternité démagogique ^.

Nous avons essayé de faire connaître tous les principes morbides successivement inoculés au corps social , dans le moment où se préparait une crise mortelle ; mais ce qui porta au paroxysme la fièvre d'agitation qui s'était emparée d'une partie de la population parisienne, ce fut la permanence des sections que l'Assemblée finit par se laisser arracher.

Le décret qui avait déclaré la patrie en danger avait en même temps ordonné à toutes les autorités constituées

40 août. Il Tavait bien mérité, car il était un démagogue de la veille. Il devint un peu plus tard ndministrateur de police. Ayant encouru la disgrâce du comité do salut public, on no sait trop pourquoi, il fut englobé le 29 prairial an ii, avec trois de ses collègues et quaranteneuf autres accusés qu'il n'avait jamais vus, dans une prétendue con- Gpiralion contre les jours de Robespierre et de Collot-d'Herbois. Envoyé en cinq heures à la Conciergerie, au tribunal révolutionnaire et à réchafaud , il fut uneides victimes du drame sanglant des chemises ronges, ainsi nommé parce que les condamnés furent conduits au lieu du supplice revêtus de cette marque dislinctive, réservée ju^qu'alo^s aux parricides et aux assassins des rois. Mais Robespierre et Collot-d'Herbois n'étaient-ils pas les rois de l'^oque et les pères de la patrie?

4. Voir le procès-verbal de fa section des Quinze-Vingls, Uisloire parlementaire, tome XVI, p. 407.

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