‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 103 sur 262 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

tioDS parisiennes qui s*étâient jetées dans le mouvement révolutionnaire l'avaient décrétée de leur pleine autorité. Nous avons vu Collot-d'Herbois venir à la barre de l'Assemblée vanter cette mesure qu'on aspirait à imposer à toutes les sections pour les dominer toutes. Il avait fait un tableau touchant de l'aspect des tribunes délibérant avec les citoyens actifs, et avait déclaré que « si depuis plusieurs jours des assebblées de section avaient été le théâtre d' horribles désordres, ces désordres avaient éclaté précisément dans celles qui n'avaient pas consenti à rendre leurs séances publiques. »

Il n'en pouvait être autrement : les sections où la majorité se refusait à admettre les spectateurs étaient nécessairement troublées par les réclamations incessantes d'une minorité factieuse au dedans de la salle, et pr les vociférations des émeuliers attroupés au dehors ; dans celles où l'on avait obéi au mot d'ordre parti du club de la rue Saint-Honoré, tous les hommes modérés s'abstenaient, et les autres citoyens, indifférents, silencieux ou ' résignés, adoptaient les motions qu'il plaisait aux agitateurs de faire voter.

Chaque soir, des hommes sans feu ni lieu, à la solde permanente des Jacobins, des femmes et jusqu'à des enfants, envahissaient les tribunes des sections qui, sans attendre la décision de l'Assemblée nationale, en avaient fait établir, ou assiégeaient les portes de celles qui résistaient encore à cette dangereuse innovation. Le même personnel d'émeutiers se transportait, sur l'ordre secret des chefs, tantôt dans un quartier, tantôt dans un autre, suivant qu'il s'agissait d'enlever, dans telle ou

telle section, uq vote qui la mît au pas, suivant l'expression du temps.

Ce dont on peut à bon droit s'étonner, c'est que quelques-unes aient pu, k certains jours, se dégager de l'effroyable pression exercée sur elles, et faire un instant acte de vigueur et de courage. El, qu'on le remarque bien, les protestations contre des décisions arrachées par la ruse ou par la violence n'émanaient pas toujours des quartiers dont les habitants pouvaient être suspects (ï aristocratie et de feuillantisme. Les plus courageuses furent adoptées, dans les quatre ou cinq derniers jours qui précédèrent le 10 août, par les sections de l'Arsenal, du Roi-de-Sicile, du Jardin des Plantes et des Thermes de Julien, si voisines cependant des foyers permanents de l'insurrection : les faubourgs Saint-Antoine et Saint- Marcel. Ce fait seul ne démontre-t-il pas avec la dernière évidence que les plébiscites apportés à la barre de la représentation nationale au nom de la population parisienne n'étaient qu'une vaine fantasmagorie préparée par d'habiles et audacieux metteurs en scène ^ !

4 . Nous avons réuni à la fin de ce volume, note VIII, plusieurs délibérations importantes émanées des sections pendant les premiers jours d'août; c'est en consultant les registres des délibérations des quarante-huit sections que Ton peut se faire une idée, encore bien imparfaite, de Tanarchie qui régnait alors dans Paris. Le recueil de ces registres, que nous avons maniés et remaniés cent fois, n*est pas complet. Quelques-uns manquent, d'autres portent la marque des altérations quMIs ont subies après le 40 août, comme ils en subirent encore d'autres après le 2 juin 4793 et le 9 thermidor an ii. Chacun y effaça les traces de sa honte. Cependant, tout mutilés qu'ils sont, ces registres doivent être rangés parmi les documents les plus instruo- .tifs de la période révolutionnaire.

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