LIVRE YL
Pendant que dans les bas-fonds de la population parisienne on se préparait à l'insurrection annoncée à jour fixe par la toute-puissante section des Quinze- Vingts, l'Assemblée nationale continuait à recevoir chaque jour les adresses les plus contradictoires.
Le 6, un démagogue vulgaire qui, a force d'audace et d'impudence, parvint à cette époque, et plus tard en mars et en mai 1793, à jouer un rôle que Ton ne comprendrait pas, si l'on ne savait qu'en temps de révolution le dernier des misérables a souvent plus d'influence sur les masses que l'homme entouré de l'auréole du génie ou de la vertu, Varlet, se présente comme porteur et rédacteur d'une adresse, déposée depuis huit jours sur l'autel de la patrie au Champ-de-Mars et couverte des signatures d'un grand nombre de citoyens de tous les départements. « Qu'est-ce que c'est, crie-t-on à droite, que les pétitionnaires du Champ-de-Mars? Qui a créé cette corporation^? » Mais Carnot l'aîné insiste pour que l'orateur soit admis sur-le-champ, « parce que les pétitionnaires attachent beaucoup d'importance à leur adresse, et qu'il est bon que l'on connaisse les dispositions des esprits 2. »
L'Assemblée se rend à cette singulière raison, et Varlet, introduit, ressasse dans une interminable hamngue
4. Journal des Débats et Décrets, n*» 315, p. 78. 2. Moniteur, p. 924.
tous les lieux communs qui défrayaient depuis huit jours les tribunes des Jacobins et des clubs affiliés. Il demande que Louis XVI soit censé avoir abdiqué la couronne, que La Fayette soit envoyé à Orléans, et que des ministres patriotes soient chargés de l'intérim du pouvoir exécutif. Il termine sa diatribe par une formule qui commençait à devenir à la mode, et qui fut bientôt le passe-paroles de toutes les insurrections : « // faut jeter un voile sur la déclaration des droits de l'homme^. »>
On avait, durant trois quarts d'heure, écouté un individu sans mission, qui prêchait ouvertement la révolte ; on avait interrompu le président Lafond-Ladebat , qui avait essayé de faire quelques remontrances au pétitionnaire. En revanche, et sans leur accorder les honneurs de la lecture , on renvoyait à la commission extraordinaire toutes les adresses constitutionnelles des départe^ ments où l'on protestait contre l'audacieux tissu de mensonges et de menaces que Pétion était venu , le 3 août, au nom des sections de Paris,* apporter à l'Assemblée.
Chaque jour la commission des Vingt-et-un recevait de nouvelles dénonciations contre La Fayette et Luckner, dont les moindres propos étaient rapportés, commentés, dénaturés dans une correspondance incessante que les Jacobins entretenaient avec des espions placés auprès des généraux. Chaque jour la commission, remaniantson rapport sur La Fayette, en changeait les considérants, les conclusions et même le rapporteur.
4 . Le discours de Yarloi n'occupe pas moins de trois colonnes du Moniteur,