‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 107 sur 262 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

un soldat factieux ne sont pas faits pour s'occuper des grandes mesures qu'exige, dans ce moment, le salut de rËtat; je dis que ceux qui ont craint le pouvoir d'un homme parce qu'il disposait d'une armée.. • »

La droite, à cette insolente accusation, interrompt violemment l'orateur; Girardin s'écrie : « De deux choses l'une : ou la majorité de l'Assemblée avoue ce que vient de dire M. Choudieu, ou elle doit l'envoyer à l'Abbaye. — Eh bien ! j'irai à l'Abbaye, s'il le faut, pour le salut de mon pays, réplique le fougueux orateur. Je me résume, et je demande que l'Assemblée déclare qu'elle ne peut sauver la patrie. »

Les applaudissements, les hurlements, les rappels à l'ordre, les injures s'entre-croisent, lorsque l'apparition, à la barre, du procureur-général-syndic du département vient tout à coup interrompre le tumulte* Roederer rend compte de l'état de surexcitation dans lequel se trouve Paris : « L'insurrection est prête, et la section des Quinze- Vingts a décidé qu'elle la commencerait à minuit par le tocsin et la générale, si l'Assemblée n'avait pas auparavant voté la déchéance. Cependant des mesures ont été prises, des réserves ont été établies au Carrousel et sur la place Louis XV... En un mot, dit en terminant le procureur-général-syndic, nous croyons qu'il y a sur pied une force suffisante pour imposer, peuL-^tre, à ceux qui, par un faux zèle ou par mauvaise intention, voudraient troubler la tranquillité publique, n

L'Assemblée ne s'arrête point au mot peut-être, ni h

la qualification de « fauiHilp )> donnée à l'arrêté insur-

rectionnel de la section des Quinze- Vingts ; elle vient de recevoir une lettre de Mandat qui lui répond de la garde nationale; elle croit pouvoir se fier aux protestations que les chefs de la milice parisienne ont reçues de leurs subordonnés, elle ne veut écouter ni Yaublanc qui la supplie d'ordonner le départ immédiat des fédérés, ni Aubert-Dubayet qui propose de se mettre à leur tête pour les arracher aux séductions de Paris et les conduire à la frontière ; elle croit avoir pourvu à tout en acceptant le projet d'adresse que lui présente Condorcet au nom de la commission extraordinaire, et qui donne au peuple, sur l'exercice de sa souveraineté, les leçons les plus savantes, les conseils les meilleurs, mais hélas les plus inutiles ! On n'eut pas le temps d'imprimer cette adresse, ou si elle put être imprimée pendant la nuit, elle servit de bourre aux fusils des Marseillais^.

Enfin, pour rassurer complètement l'Assemblée, Pétion paraît à la barre et rend compte, avec une béate satisfaction, des moyens de douceur qu'il a employés, des précautions minutieuses qu'il a fait prendre pour assurer le maintien de la tranquillité. Il s'élève contre la manie que semble avoir le département de requérir au moindre trouble la force armée; « car, ajoute-t-il naïvement, on doit se rendre compte de la nature de la force pu-

4 . Cette adresse était accompagnée d'un « rapport préparatoire sur la discussion de la question de la déchéance. » Journal des Débats et Décrets, n» 433, p. 31 9. L'Assemblée en décréta l'impression et décida que l'examen en serait fait vingt-quatre heures après la distribution. {Logograpke , p. 432.) Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu retrouver le texte de ce rapport.

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