LIVRE VI
Les tribunes , d'ordinaire si bruyantes , restent silencieuses ; mais leur tranquillité morne est comprise de la Montagne, qui réclame à grands cris l'appel nominal. Elle espère intimider les faibles et reconquérir ainsi la majorité. Le président essaye de lever la séance; mais bientôt il est forcé, après une longue et vive discussion, de remonter au fauteuil et de laisser procéder à l'appel nominal.
Voici quel en est le résultat^ :
Votants' 630
Contre l'accusation 406
Pour 224
La majorité, acculée dans ses derniers retranchements, avait enfin compris qu'en livrant le général à ses dénonciateurs, elle se livrait elle-même.
^. Moniteur du 10 août, n» 938.
L'Assemblée législative se composait de 746 membres.
Le 42 juillet, un appel nominal solennel avait eu lieu à l'occasion de la déclaration du danger de la patrie. On avait compté 673 membres présents, 46 membres en congé, 6 morts non remplacés, 46 malades, 6 attachés à la fabrication des assignats, 2 attachés à la Haute-Cour, 27 non répondants.
Nous avons vu dans le volume précédent,p. 289, que le jour (28 juin] où La Fayette avait paru à la barre de l'Assemblée et où Guadet avait provoqué un vote analogue, mais sur une question incidente, il n'y avait eu que 573 votants. La majorité en faveur des constitutionnels avait été de 339 contre 234. Ainsi le vote du 8 août annoncé d'avance, parfaitement réfléchi, vote qui était contraire aux conclusions du rapport, présenta une majorité beaucoup plus forte que celle du 28 juin. Et cependant la droite s'était affaiblie depuis quelque temps par des démissions intempestives; ainsi le 23 juillet, Martin , de Marseille , celui que nous avons vu, p. 77 de ce volume, prolester contre l'adressa
veut que Pétion soit appelé à la barre pour déclarer, oui ou non, s'il répond de la sûreté des représentants de la nation.
Isnard et Dussaulx défendent Pétion; Isnard surtout, se livrant à toute sa fougue méridionale, rejette sur des agitateurs payés par Coblentz la responsabilité des violences dont ses collègues de la droite ont été victimes : « Les coupables, dit-il , les vrais, les seuls coupables, sur lesquels j'appelle la vengeance du ciel, ce sont La Fayette, le département de Paris et la cour. »
« Quoi ! s'écrie Mathieu Dumas, on ose attaquer un décret solennel rendu hier même ! on souffre que dans cette enceinte on prêche l'insurrection contre les lois! — Je respecte tellement les décisions de l'Assemblée, répond Isnard, que, si un décret me condamnait à mort, et que personne ne voulût me conduire au supplice, j'irais moi-même*. »
u Puisqu'on veut, ajoute Guadet, interroger le maire de Paris sur la question de savoir s'il a les moyens suffisants pour maintenir la tranquillité dans la capitale, je propose que le pouvoir exécutif soit invité à faire connaître s'il répond de maintenir la sûreté de l'empire. »
(( Et moi, je demande, s'écrie le montagnard Choudieu, que le corps législatif déclare s'il peut ou non sauver la patrie. » — Murmures à droite. — « Je dis que ceux-là qui n'ont pas eu le courage de regarder en face
1. Un an plus tard, Isnard, rois hors la loi par un décret de la Convention, ne tint pas sa promesse imprudente. Il se cacha pendant tout le reste de la Terreur, et rentra (^VU^ sein de TAssemblée six mois après la mort de Robespierre. p ^Si