LIVRE VIL
, Quoique réduit a une impuissance presque radicale, le département, à la réception de cet arrêté, se hâta de l'approuver et de l'envoyer au maire et au commandant général, en leur recommandant de prendre des mesures pour empêcher qu'on ne sonnât le tocsin *.
Le commandement général de la garde nationale, par suite du roulement établi entre les six chefs de légion, était depuis quelques jours entre les mains du chef de la 4% Jean-Ântoine Galiot de Mandat, ancien capitaine aux gardes françaises. Cet officier était très-fermement attaché aux idées constitutionnelles ; brave militaire, fidèle à
1. Voir dans la Revue rétrospective j tome I, 2* série, page 335 et suivantes : 1*» le courageux arrêté que le juge de paix Fayel Gt adopter à la section du Roi-de-Sicile, le 8 août; 2<^ celui plus timide, il est vrai, que prit le jeudi 9, à onze heures du malin, la section du Jardin-des-Planles; S*» Tarrôté rendu par le département sur le vu de ces deux arrêtés. De ces pièces déjà connues nous rapprochons la lettre suivante de Rœderer à Pélion :
c Paris , 0 août 1702.
ff Monsieur le maire de Paris,
f Le conseil du déparlement, monsieur, vous a attendu hier fort tard. Il pensait, d'après votre réponse à ma première lettre d'hier, qu*il était d'autant plus urgent de conférer avec nous, que vous annonciez moins de sécurité sur le maintien de Tordre. II pouvait y avoir lieu à concerter au moins qlielque démarche avec l'Assemblée nationale. Le conseil vous prie de venir à sa séance aujourd'hui.
« Comme on annonce un tocsin pour cotte nuit, le conseil vient de prendre un arrêté qui le défend. II est nécessaire que vous vouliez bien aussi faire savoir sans retard au conseil les mesures particulières que vous aurez prises pour prévenir le signal du désordre. Une affiche, où la municipaUté rappellerait la loi et reprcscntenut aux citoyens la nécesàité de prévenir les troubles, ne pourrait être que fort utile.
f Le procureur-général-syndic,
« Roedebeh. »
son serment, il était résolu à défendre jusqu'à la mort l'inviolabilité du domicile et de la personne du chef de rÉtat^. Par malheur, on le sait, il ne lui appartenait point de requérir la force publique ; il ne pouvait pas même établir aucun poste extraordinaire sans Tordre de son supérieur immédiat, le maire de Paris.
Averti, dès le malin du 9 août, par le chef du bataillon de TÂrsenal, que les administrateurs de police ont fait distribuer des munitions de guerre aux Marseillais et que l'on prêche ouvertement Tinsurreclion dans plusieurs sections 2, Mandat n'attend pas les avis de Pétion; il lui expédie coup sur coup plusieurs billets pour obtenir les ordres nécessaires*. Pressé de répondre, non-seulement
4. On lit ce qui suit dans les Mémoires de M*"* Campan, tome II, page 233 :
«Le roi me dit, quelques jours avant le 40 août: «Votre père a était intime ami do Mandat, qui commande en ce moment la garde a nationale, failcs-le-moi connaître; que doi&-je attendre do lui?» Je lui répondis que c'était un de ses sujets les plus fidèles, mais qu'avec beaucoup de loyauté et fort peu d'esprit il était dans l'engouement do la Constitution. « Jlentends, dit le roi, c'est un homme qui défena drait mon palais et ma personne, parce que cela est imprimé dans « la Constitution et qu'il a juré de la maintenir, mais qui se battrait « contre le parti qui veut l'autorité souveraine; c'était bon à savoir « d'une manière positive. »
2. Voir dans la Revue rétrospective, t. I" de la 2* série, page 346 et suivantes, trois rapports du chef de bataillon de l'Arsenal.