LIVRE VIL
le Pont-Neuf; la faire charger par les gendarmes à cheval, postés au Louvre et sur le quai d'Orsay, et la faire prendre en queue par la réserve placée à T Hôtel de Ville.
La route aurait ainsi été coupée aux insurgés bien avant qu'ils arrivassent au Carrousel. Mais ce plan reposait sur l'attaque énergique qu'aurait exécutée la gendarmerie à cheval et sur la solidité de certains postes confiés à des officiers de la garde nationale. Or, la gendarmerie, presque entièrement composée, depuis sa réorganisation, de soldats qui avaient abandonné leurs drapeaux lors des premiers troubles de la révolution, n'était rien moins que sûre; elle venait, en vertu d'une loi récente, de procéder à l'élection de ses chefs et n'avait conservé à sa tête que ceux qui étaient le plus ouvertement engagés dans le mouvement révolutionnaire. Parmi les officiers dç la garde nationale, beaucoup n'osaient agir, hésitaient et même, cédant à d'étranges capitulations de conscience, s'apprêtaient à pactiser avec l'insurrection^.
Le maire était nécessairement le pivot de la résistance légale au sein de la cité. C'était à lui que venaient aboutir
4 . Pour donner une idée du trouble et de la confusion de tous les esprits, nous publions Tune des lettres les plus curieuses que nous ayons retrouvées. Déjà , à l'occasion du 30 juin , nous avons parlé du commandant Bonnaud, chirurgien de la rue de Montreuil. On peut lo
toutes les recommaDdations de Tautorité supérieure; c'était de lui que devaient émaner tous les ordres à donner à la garde nationale, toutes les réquisitions destinées à mettre en mouvement la force armée.
Pétion avait été appelé, entre cinq et six heures du soir, à l'Assemblée nationale, et avait donné les nouvelles les plus rassurantes sur le maintien de la tranquillité publique. Au sortir de la salle du Manège, il aurait dû profiter de l'occasion pour se rendre aux Tuileries et s'entendre avec Mandat sur la défense du Château, mais
donner comme le type du bourgeois qui a l'instinct du bon et de rhonnête, et qui se laisse entraîner à détruire de ses propres mains le gouvernement qu'il a juré de défendre. Nous retrouvons ce type dans les histoires de la Ligue et de la Fronde, nous le rencontrons tous les jours dans nos rues et sur nos places publiques^ il est impérissable.
Messieurs les maire et administrateurs de la ville de Paris.
<r Messieurs,
a Vous savez sans doute que la section des Quinze-Vingts a arrêté que si le roi n'était pas déchu à minuit, elle sonnerait le tocsin et battrait la générale. Sur son invitation y le peuple de la section de la rue de Montreuil et de tout le faubourg se propose de l'imiter. Je ne puis éviter de marcher à leur tète sous aucun prétexte, ni par aucun ordre, pas même l'éloignement qui exposerait ma famille et mes possessions. En conséquence, Messieurs, je vous prie de me donner acte de ma déclaration, afin que tout ce qui pourrait arriver d'illégal dans cette démarche ne me soit pas imputé, attendu que je proteste et jure derechef que je ne violerai jamais la Constitution, à moins que je n'y sois forcé.
« J'ai l'honneur d'être, etc.
a BoNNAUD , commandant en chef du bataillon a de Sainte-Marguerite.
c Ce 9 août l'^VS. »