LIVRE VIL
il s'en garda bien. Rœderer, qu'il avait rencontré à la barre, ie décida cependant à entrer rue du Dauphin, où siégeait le directoire du département. Là, ternaire trouva Dumont, Beaumetz, Davous, d'Ormesson, Leveillard, Charton, qui étaient à la tête de cette administration depuis la retraite du duc de La Rochefoucauld et de ses huit collègues. On convint que le conseil de département et le conseil de la commune resteraient chacun en permanence.
Cela décidé, Pétion se rendit à l'Hôtel de Ville, espérant n'y rester qu'un instant et se retirer à la mairie (aujourd'hui la préfecture de police); là seulement il devait se croire en sûreté. Il était convenu entre les principaux conspirateurs et lui qu'on l'y consignerait, avec une garde d'honneur pour l'empêcher de sortir; c'était le premier article de tous les programmes d'insurrection fabriqués successivement depuis quinze jours, celui à l'exécution duquel naturellement Pétion tenait le plus*.
4 . Voir les Mémoires de Barbaroux , et surtout l'incroyable aven consigné par Pétion lui-même dans récrit qu'il publia, en 1793, sous le litre de Pièces intéressantes pour Vhistoire.
«Je désirais l'insurrection, dit-il, mais je tremblais qu'elle no réussit pas. Ma position était critique; il fallait faire mon devoir de citoyen sans manquer à celui de magistrat. Il fallait conserver tous les dehors et ne point m'écarter des formes. W y avait un combat à mort entre la cour et la liberté, et où l'une ou l'autre devait nécessairement succomber.
« Quoiqu'on eût projeté de me consigner chez moi, on oubliait, on tardait à le faire. Qui croyer-vous qui envoya , par plusieurs fois, pres^r l'exécution de cette mesure? C'est moi , oui , c'est moi I
Dans, la journée, les membres constitutionnels de la [ municipalité parisienne avaient obtenu à grand* peine du j maire qu'il mît sa signature au bas d'une lettre dans Jaquelle les Parisiens étaient invités à se tenir tranquilles, à se défier des agitateurs et à respecter la Constitution^. Il avait été convenu que des officiers municipaux porteraient cette lettre à chacune des quarante-huit sections, et l'appuieraient des adjurations les plus vives, des conseils les plus pacifiques. Naturellement, les membres du conseil général qui professaient les principes constitutionnels s'offrirent et furent acceptés pour être les messagers de la concorde. Ceux, au contraire, qui pactisaient plus ou moins secrètement avec les Jacobins déclinèrent pour la plupart l'honneur de cette délégation. Ils trouvaient à ce refus un double avantage : ils se dispensaient d'aller tenir dan? les sections un langage modérateur, qui les aurait compromis vis-à-vis des masses populaires ; ils restaient compactes à l'Hôtel de Ville, prêts à revêtir d'une légalité apparente les volontés de l'insurrection.
Pélion, en arrivant dans la salle du conseil général, trouve sur le bureau des lettres de Mandat, qui le pressent de se rendre au Château*. Des avis, venant de toutes parts, annoncent bientôt que des groupes se forment, qu'on parle de sonner le tocsin et de se porter aux Tuileries. Ceux des municipaux qui ne sont pas dans la
4. Voir le tcxlo même de cette lettre dans VHistoire parlementaire, de Bûchez et Roux, p. 402, t. XVI. 2. Voir le récit même de Pétion {Pièces intéressantes pour l'Lié-