‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 134 sur 262 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

tement introduite. On fait droit à la motion, La section des Lombards était Tune des plus engagées dans le mouvement révolutionnaire, son orateur est le fidèle interprète de ses sentiments : a Le tocsin, dit-il, va sonner, le canon d'alarme va retentir, les citoyens de la section des Quinze- Vingts ont l'intention de se rendre au Château, afin d'y faire des visites et de savoir s'il s'y trouve des armes et des hommes suspects. Le peuple est alarmé de la présence des Suisses, qui paraissent déterminés à tirer sur les citoyens. »

C'était, à mots couverts, annoncer l'insurrection; il eût fallu, pour s'y tromper, une imprévoyance bien aveugle. Une discussion allait s'ouvrir sur cette communication, lorsque l'on fait observer que l'Assemblée n'est pas en nombre pour délibérer. Charlier propose seulement qu'à raison des inquiétudes manifestées par le peuple, on nomme une commission de vingt-quatre membres pour aller vérifier les forces qui sont aux Tuileries. Quelques membres de la droite s'opposent à cette mesure. On doit être rassuré, disent-ils, puisque MM. Pélion et Roederer sont au Château.

Le bruit du tocsin commence bientôt à retentir, mais le nombre des députés présents augmente peu, et l'Assemblée, afin de conserver une certaine contenance, sans cependant prendre un parti pour ou contre l'insurrection, passe le temps à entendre des rapports d'un intérêt fort médiocre sur les dettes des anciens pays d'états, sur les dégrèvements d'impôt, sur certains droits domaniaux, etc.

Deux gardes nationaux interrompent ces lectures pour

dénoncer à l'Assemblée un fait qu'ils croient important. Étant au poste du Palais-Royal, ils ont reconnu dans leurs rangs deux gardes du roi qui se sont avoués tels : ils ont voulu les désarmer et les retenir, mais leurs officiers les ont renvoyés purement et simplement*.

Peu après, paraissent à la barre J.-J. Leroux, Desmousseaux et les autres municipaux, que le président Cousin avait éloignés à raison de leurs sentiments trop constitutionnels. J.-J. Leroux porte la parole ^:

(( Le conseil général est réuni, dit-il, et nous députe vers TAssemblée pour lui donner, autant que possible, des nouvelles de la capitale ; nous disons autant que possible, car les officiers municipaux, nos collègues, que nous avons envoyés dans les sections, n'étaient pas encore revenus au moment de notre départ de l'Hôtel de

4 . A chaque instant on voit dans le compte rendu de la séance se renouveler des* dénonciations du même genre. Elles révèlent Texislence de fausses patrouilles, munies d*espingoles et portant le costume national, qui, durant toute la nuit, essayèrent en vain de pénétrer dans le Château. Quelques-unes de ces patrouilles furent arrêtées, d'autres dispersées ; c'est ce qui explique comment un grand nombre de personnes, dont les sentiments royalistes n'étaient pas douteux, ne purent pénétrer jusque dans les Tuileries. (Voir les mémoires de M"** de La Rochejaquelein et la lettre de M. Emmanuel d* Aubier, qui se trouve dans les pièces justificatives du t. IX des mémoires de Bertrand de Molleville.) On avait, dit-on, envoyé deux mille cartes d'entrée et on avait eu Timprudence de les envoyer par la poste ; beaucoup furent saisies par les vainqueurs et devinrent naturellement des titres de proscription durant les journées de septembre et pendant la tourmente révolutionnaire.

2. Le discours de J.-J. Leroux, inséré dans son procès-verbal, concorde parfaitement avec les comptes rendus du Logographe, p. 5, et du Journal des Débats el Décrets, p. 437.

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