LIVRE VIL S
suprême. Il parait au balcon qui donne sur le Carrousel ; des cris redoublés de : Vive le roi! éclatent de toutes parts. Le roi annonce alors qu'il va se rendre en per^ sonne au milieu des braves soldats qui viennent de lui témoigner une enthousiaste fidélité. Des serviteurs dévoués veulent le suivre, il les arrête lui-même en disant : « Restez, messieurs, je ne veux être entouré que de la garde nationale. »
Accompagné de quelques officiers seulement, il commence la revue par les corps stationnés dans la cour royale; on le reçoit d'abord avec une vive simpathie * ; mais bientôt des cris de : Vive la nation ! se font entendre, en opposition aux cris de : Vive le roi ! Certaines compagnies se taisent; en vain les officiers les invitent à saluer de leurs acclamations le souverain, elles répondent qu'il est défendu de parler sous les armes. *
Louis XVI visite successivement tous les postes des cours qui touchent au Carrousel ; puis il se dirige vers le jardin. Au moment où il y entre, défile devant lui un bataillon du faubourg Saint-Marceau, muni de toute espèce d'armes, poussant toute espèce de cris. Des expressions menaçantes sont proférées contre la cour, la reine et le roi lui-même. Louis XVI, avec le courage impassible dont il donna souvent des preuves, laisse passer le
4. Voir la déposition du capitaine des canonnière Langlade dans Y Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, t. XVII, p. 305, et celles des gardes nationaux Fleury et Debrie. Ces dépositions ne peuvent être suspectes, car elles sont faites dans un sens parfaitement jacobin. Les deux dernières ont été imprimées par ordre de TÂssemblée dans la Collection des lois (août 4792).
bataillon, et, lorsqu'il a pris son poste, va lui-même le visiter^. Continuant sa tournée du côté de la terrasse du' bord de Teau, il se dirige vers le pont tournant. Mais les cris de : Vive la nation ! se multiplient, ceux de : Vive le roi ! deviennent plus rares, et l'on voit même une douzaine d'individus, parmi lesquels cinq à six canonniers, suivre le cortège en hurlant sans cesse : « Vivent les sans-culottes ! à bas le veto ! à bas le roi* ! »
Ces vociférations sont entendues au Château et retentissent au fond du cœur de la reine; les ministres qui sont restés auprès d'elle, Dubouchage et Bigot de Sainte- Croix, courent chercher le roi, et le ramènent à sa&miUe éplorée. En le voyant rentrer défait et abattu, la reine dit tout bas à madame Campan : « Tout est perdu, cette revue a fait plus de mal que de bien^ ! »
Ën^ce moment^, on apprend les premiers événements de l'Hôtel de Ville, la mise en marche de l'attroupement. La porte de l'orangerie, donnant accès au jardin des Tuileries, vient d'être ouverte ; le jardin se remplit de bataillons dont les intentions sont douteuses, si ce n'est déjà hostiles. Sur la place du Carrousel commence à s'entasser une foule compacte d'émeutiers.
Voyant approcher le moment de la lutte, les officiers municipaux et départementaux tiennent conseil, et, fer-