LIVRE VII. Î
mais ne réussit pas mieux. Des coups redoublés continuent à ébranler la porte royale. Déjà les gardes nationaux du dedans semblent échanger des gestes et des paroles d'intelligence avec les émeutiers du dehors; ils ont pour intermédiaires une vingtaine d'individus qui ont réussi, sans que les factionnaires s*y soient opposés, à se mettre à cheval sur le mur. Rœderer voit qu'il perd son temps à parlementer; il interrompt sa harangue, et revient en toute hâte vers le Château pour adjurer Louis XVI de prendre le seul parti qui, suivant lui, soit encore possible : celui de se réfugier dans le sein de l'Assemblée.
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Si l'on ne voulait ou si Ton ne pouvait user de la force, il n'y avait pas d'autre moyen de garantir la sûreté du Roi que de le faire sortir du Château. La retraite hors de Paris, peut-être possible pendant la nuit, ne l'était plus le matin.
Le municipal J.-J. Leroux avait devancé Rœderer auprès de Louis XVI et de la famille royale et les avait avertis de ce qui se passait. La reine paraissait résolue à attendre de pied ferme l'attaque à main armée :
« Mais, madame, s'écrie Leroux, avez- vous réfléchi qu'en cas d'assaut il est impossible de répondre des jours du roi et de votre famille? Le seul parti à prendre est de se réfugier dans le sein de l'Assemblée nationale; et c'est à l'instant même qu'il faut partir.
— Vous le croyez? dit le roi.
— Oui , sire ; dire le contraire à Votre Majesté ce serait la trahir.
— Nous retirer à T Assemblée nationale! s'écrie la reine; mais pensez-vous, monsieur, qu'il n'y ait point d'inconvénients?
— Non , madame ; TÂssemblée est la seule chose que, dans ce moment, le peuple respecte *. »
Sur ces entrefaites, arrive Rœderer. Il renouvelle officiellement au roi la même proposition, au nom du corps constitué qui, dans les derniers temps, lui a donné de véritables témoignages de sympathie :
« Sire, l'opinion du département est que Votre Majesté doit se rendre immédiatement dans le sein du Corps législatif. ))
Le roi hésite, la reine encore plus; ils paraissent vouloir se fier aux troupes, dont ils voient le palais environné.
u Non, madame, continue Rœderer, vous n'avez pas dans les cours un nombre d'hommes suffisant pour la défense du Château ; tous, d'ailleurs, ne sont pas bien disposés ; les canonniers, quoique nous ne leur demandions que de rester sur la défensive, ont déchargé leurs pièces. Venez, sire; encore une demi-heure, et la retraite ne dépendra peut-être plus de nous.
— Ainsi, s'écrie la reine, dont l'indignation éclate, ainsi nous sommes seuls, personne ne peut agir...
— Oui, seuls, madame, réplique gravement le pro-