LA CHUTE DE LA ROYAUTÉ
Louis XVI, pour épargner l'effusion du sang, avait quitté son palais et cherché un asile au milieu des représentants de la nation; deux heures après, son trône s'écroulait, et ses derniers défenseurs étaient égorgés à quelques pas de lui. Il ne nous reste plus qu'à raconter cette dernière phase de l'épouvantable cataclysme dans lequel s'abîma la royauté.
Au moment où le roi sortit des Tuileries, hélas ! pour n'y plus rentrer, de nombreux bataillons de la garde nationale occupaient les cours intérieures, la terrasse qui s'étend le long de la façade du jardin et celle du bord de l'eau. Mais comment cette force armée eût-elle présenté les éléments d'une résistance véritable? Divisée d'opinions, tiraillée en tous sens, aigrie par les ridicules et insolentes bravades du récent manifeste du duc de Brunswick, elle était fort hésitante sur le parti à prendre dans la lutte qui semblait se préparer.
Si un certain nombre de soldats citoyens, comprenant
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leur devoir et sincèrement attachés à la monarchie constitutionnelle étaient disposés à recevoir vigoureusement les assaillants, d'autres, au contraire, ne demandaient pas mieux que de faire cause commune avec ceux qu'ils appelaient leurs frères. Entre ces deux partis extrêmes se trouvait, comme toujours, la masse flottante, incertaine, qui ne savait que faire, que résoudre. Tout à coup se. répand, de rang en rang, la nouvelle que Louis XVI vient de se rendre à l'Assemblée ; chacun alors de dire : — Le roi est parti, tant mieux; nous ne serons pas obligés de faire feu ; pourquoi rester aux Tuileries où nous n'avons plus que des pierres à garder? Retournons chez nous ; nos propriétés, nos femmes et nos enfants peuvent être en danger.
La défection se glisse peu à peu dans les bataillons qui gardent les cours faisant face au Carrousel. Un grand nombre de soldats-citoyens se retirent ; séduits ou mtimidés, quelques-uns se réunissent à ceux qui se préparent à attaquer le Château^. Les gardes nationaux postés dans le jardin restent plus compactes, parce qu'ils n'ont pas d'assaillants devant eux.
Pendant ce temps la foule grossissait sur la place du Carrousel et dans les rues adjacentes. Elle était surtout composée de femmes et d'enfants, criant par intervalles, hurlant à Toccasion, applaudissant quand on arrêtait un aristocrate, trépignant de joie quand on regorgeait.
Ce n'était pas encore l'armée de l'insurrection, ce n'en était que l'avant-garde.