‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 165 sur 262 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

reine et la famille royale entrent enfin et se placent sur les sièges destinés ordinairement aux ministres ; le roi s'assied à côié du président, les ministres se tiennent derrière lui *.

« Je suis venu ici, dit Louis XVI, pour éviter un grand crime, je pense que je ne saurais être mieux en sûreté qu'au milieu de vous. »

Vergniaud depuis quelque temps occupait le fauteuil. L'on avait senti qu'au milieu des circonstances où Ton se trouvait, ce n'était pas trop de toute la popularité du grand orateur girondin pour imposer aux dernières témérités de l'anarchie. Il répond à Louis XVI :

« Vous pouvez, sire, compter sur la fermeté de l'Assemblée nationale ; ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités constituées 2. ))

On fait observer que les circonstances sont trop graves pour que les délibérations soient suspendues. Cependant, suivant la Constitution, qu'on invoque toujours au moment même oîi on va la violer, elles ne peuvent continuer en présence du souverain. Mais si le roi quitte la salle, qui peut répondre de sa sûreté? On propose de le placer dans une tribune, à la barre, sur le banc des ministres ; le roi demande lui-même à quitter la place qu'il occupe près

4. Chronique de cinquante jours j et déposition de Noël AvriL 2. Le Moniteur, le Logographe et le Journal des Débats et Décrets parlent tous trois du a maintien des autorités constituées; » le procèsverbal de l'Assemblée, rédigé à loisir, a bien soin de supprimer ces mots si importants; les vainqueurs, ne voulant plus tenir cette promesse, la passèrent naturellement sous silence.

du président; l'Assemblée décide que Louis XVI et sa famille seront installés dans la loge du Logographe^.

C'est là, dans un misérable réduit, large de douze pieds, haut de six, situé derrière le fauteuil de la présidence, qu'entouré de quelques amis fidèles^ Tarrièrepetit-fils de Louis XIV va assister, durant dix-sept heures*, à l'agonie de la royauté; c'est là qu'accablé d'injures et d'outrages de toute espèce*, Louis XVI va se préparer au martyre .qu'il aura à subir au Temple, pendant cinq longs mois, avant d'en recueillir la palme, le 21 janvier 1793.

4 . La loge où le roi el la famille royale avaient été confinés était spécialement affectée aux rédacteurs d'un journal qui s'appelait Journal logographique ou le Logolachy graphe. Ce dernier titre, trop long et trop savant, n'a pas prévalu, et des deux noms on a fait le Logographe , qui passera à la postérité, grâce à la circonstance fortuite qui fit du local à lui affecté le dernier refuge de la royauté aux abois.

â. Parmi ces serviteurs fidèles se trouvaient le prince do Poix, le comte d'IIaussonville, le duc de Choiseul, MM. de Briges, de Goguelat et d'Aubier.

3. De dix heures du matin, le 40, à trois heures de la nuit , du 40 au 44 août.

4. Voir dans les Mémoires de Barbaroux, p. 76, les insolences stnpides et grossières que le roi fut obligé de subir de la part d'un émeutier sentimental qui vint lui rapporter une bourse qu'il avait trouvée, disait-il , aux Tuileries.

Page 1