‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 18 sur 262 · ROEDERER · texte numérisé non relu

ROEDERER

Le billet porte la suscription suivante :

€ A monsieur Pélion luir^nême, à la mairie.

Et sur le pli intérieur : a A vous-même, »

a Mon ami, je vous félicite; le conseil vient de suspendre le procureur de la commune et le maire de Paris. Je ne vous voulais pas tant de bien, je vous l'avoue; je vous embrasse. Voilà deux nuits que je passe eh blanc. Le conseil se sépare, il est quatre heures du matin. Je ferai imprimer le discours très-précipité que je leur ai lu dans cette affaire, et j'ai fait retenir mes conclusions au procès-verbal. Puissé-je trouver aussi quelqu'un qui me suspende en attendant qu'on nous pende I « Roederer. »

L'ami, dans cette occasion, faisait oublier au magistrat la gravité de la situation ; W ne voyait dans cette suspension du maire de Paris qu'un texte de plaisanterie, qu'une occasion de triomphe pour Pétion ; il désirait partager son sort et voulait être pendu avec lui. Son dernier VŒU fut bien près d'être réalisé. Moins d'un an plus tard , Rœdercr était compris, le t juin 4793, dans la proscription de Pétion et de ses adhérents; il était obligé de se cacher et ne dut la vie qu'au dévouement de quelques amis. Plus heureux que Pétion , il survécut à la tourmente révolutionnaire, devint comte de l'Empire et se reposa sur la chaise curule du sénateur des tribulations qu'il avait essuyées comme procureur-général-syndic du département de Paris.

départemental et pour élire un maire provisoire. L'oflicier municipal Borie fut choisi. Ce fut lui qui, à la tête de la députation dont nous avons parlé, vint annoncer officiellement à l'Assemblée la suspension du maire et du procureur-syndic.

Pétion fit afficher le jour même dans Paris un avis ainsi conçu :

« Citoyens,

(( Je suis suspendu de mes fonctions. Recevez cette « décision , comme je l'ai reçue moi-même, avec calme « et sang-froid. Bientôt une autorité supérieure proie noncera, et j'espère que l'innocence sera vengée, d'une « manière digne d'elle, par la loi. »

D'après la Constitution, c'était au roi qu'appartenait le droit de confirmer ou d'annuler l'arrêté départemental ; mais, par une singulière confusion de pouvoirs , le dernier mot en pareille matière avait été réservé à la législature, qui était ainsi appelée à se prononcer sur la décision royale. De celle-ci, Pétion s'inquiétait peu; mais il comptait sur Vautorilé supérieure et sur la pression que les Jacobins, ses amis, ne devaient pas manquer d'exercer en sa faveur.

Louis XVI s'adressa , lui aussi, à l'Assemblée. Quelques instants auparavant, il était venu sceller la réconciliation des partis; il crut donner un nouveau gage de sa parfaite bonne foi en remettant aux représentants du peuple le soin de sauvegarder la dignité de la couronne. A peine de retour aux Tuileries, il écrivit au président :

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