LIVRE IV
« On vient de me remettre l'arrêté du département « qui suspend provisoirement le maire et le procureur « de la commune de Paris. Cet arrêté portant sur des « événements qui m'intéressent personnellement, le pre- « mier mouvement de mon cœur est de prier l'Assemblée <( nationale de stptuer elle-même sur cette aflaire.
« Louis,
« Contresigné : Dbjoly. »
Mais les députés n'étaient déjà plus, le soir du 7 juillet, dans les mêmes dispositions que le matin. Les défiances, les colères, les haines étaient rentrées dans le cœur de ceux qui les avaient abjurées quelques heures auparavant sur l'autel de la patrie. Au lieu de suivre Louis XVI dans la voie de la conciliation , l'Assemblée, adoptant la proposition de Merlin (de Thionville) et de Lasource, passa purement et simplement à Tordre du jour sur la lettre royale. Elle ne pouvait, suivant eux, s'occuper constitutionnellement de l'arrêté départemental qu'après que le roi aurait usé de son droit de confirmation ou d'annulation.
Louis XVI se trouvait donc forcé de prononcer dans sa propre cause. S'il absolvait Pétion et Manuel, il abandonnait aux colères populaires le conseil général du département qui avait noblement rempli son devoir. S'il confirmait la suspension prononcée, il avait l'air d'exercer une vengeance personnelle et courait le risque de voir sa décision cassée par la Législative.
Les conseils les plus contrSidictoires furent donnés au roi et augmentèrent son indécision naturelle.
Roederer lui écrivit, comme simple particulier, une lettre qui n'était , à proprement parler, que la répétition des conclusions qu'il avait déposées comme procureur général. Prenant pour point de départ le baiser Lamowrette, par lequel, disait-il, « la révolution était réellement consommée, » il suppliait Louis XVI de se montrer indulgent envers ceux qui avaient pu se rendre coupables de ce qu'il appelait, dans sa naïveté, « le dernier écart de la liberté naissante^. »
La supplique de Roederer n'obtint pas même une réponse. D'autres personnages, qui avaient le droit d'être mieux écoutés, puisqu'ils siégeaient dans les conseils du monarque, opinaient également pour la grâce, dans le double but d'attirer vers le trône les sympathies populaires et de ruiner l'influence du maire en le couvrant du ridicule qui s'attache inévitablement à l'homme politique auquel on refuse le bénéfice d'un facile martyre. Ils faisaient observer que, puisqu'il faudrait très-probablement subir, tôt ou tard, le rétablissement dans leurs fonctions de Pétion et de Manuel , il valait beaucoup mieux pour le souverain octroyer lui-même le pardon que de voir ses ennemis l'arracher à l'Assemblée nationale; que, dans l'arrêté à intervenir, il serait, du reste, facile de faire la part de chacun , de louer la conduite du département, de blâmer celle de la municipalité, et de s'en remettre aux tribunaux pour la poursuite des meneurs subalternes, auxquels on devait imputer la violation matérielle du domicile royal *.