ENLEVÉ DE VIVE FORCE, MAIS ABANDONNÉ PAR ORDRE DE LOUIS XVI
4. Un assaut d'une demi-heure au moins, peut-être de trois quarts d'heure, soutenu par sept ou huit cents soldats aguerris, embusqués dans Tembrasure des fenêtres et tirant, du premier étage des Tuileries, contre des masses s'élançant à découvert sur une longueur de plus de soixante à quatre-vingts mètres, aurait eu naturellement pour résultat de coucher sur le carreau des milliers de morts et de blessés. Aussi les journaux et écrits du temps n'ont-ils pas manqué d'affirmer que la victoire avait coûté la vie à quatre ou cinq mille patriotes. Or^ comme nous le prouvons avec des chiffres qui ne peuvent être contestés (voir la note XYII, à la fm de ce volume), le total véritable des morts, du côté du peuple, dans toutes les phases de la lutte, ne s'est pas élevé à plus de cent, celui des blessés grièvement à plus de soixante, en chiffres ronds. Nous verrons combien il faut en attribuer à la phase la plus longue, mais la moins meurtrière, celle du combat propre* ment dit.
Un péril tout à fait imprévu attendait les défenseurs du Château dans la traversée du jardin .
Tant qu'a duré le combat, il n'a pas été tiré un coup de fusil de ce côté. Les bataillons de garde nationale qui occupent la porte du pont Royal, celle du Manège et le commencement de la terrasse des Feuillants, sont restés immobiles, l'arme au pied. Mais à peine les Suisses s'engagent-ils dans la grande allée, que de ces bataillons se détachent un certain nombre d'individus qui s'embusquent derrière les arbres et tirent presque à bout portant sur la troupe en retraite.
Les Suisses daignent à peine répondre à ce feu meurtrier. Arrivés au milieu de la grande allée, ils se divisent en deux colonnes. La première s'engage sous les arbres, dans la directioi^ de l'escalier qui conduit à l'Assemblée nationale ; la seconde, qui suit à quelque distance, continue sa route vers le pont tournant.
Occupons-nous d'abord de la première.
A l'aspect de la troupe arrivant vers elles, les masses populaires amassées sur la terrasse des Feuillants poussent des cris d'épouvante et s'enfuient; les gardes nationaux préposés à la défense des abords du Corps législatif se dispersent. Les Suisses atteignent la salle du Manège sans rencontrer le moindre obstacle. Un de leurs officiers, suivant son élan, pénètre jusqu'au milieu des représentants, l'épée nue à la main. « Les Suisse! voilà les