‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 182 sur 262 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Suisses ! » crie-t-on dans les tribunes, d'où l'on commence à fuir. Quelques députés semblent vouloir aussi quitter la salle. D'autres se précipitent au-devant des envahisseurs, invoquent la Constitution qui défend que l'on s'introduise en armes dans le sein de la représentation nationale. L'officier, M. de Salis, qui n'est suivi que de deux ou trois soldats, se retire aussitôt. Spectateurs et députés reprennent leurs places, et l'Assemblée, rassurée, se remet à crier : Vive la nation ! et à jurer qu'elle sauvera la patrie.

Pendant cette scène, quelques députés étaient venus à la porte du Manège sommer le commandant des Suisses de désarmer sa troupe. Le commandant refuse et envoie auprès du roi le capitaine Durler. — « Sire, on veut que je mette bas les armes ! dit le brave officier d'une voix tremblante d'émotion. — Déposez-les, lui répond le malheureux Louis XVI ; déposez-les entre les mains de la garde nationale ; je ne veux pas que des braves gens comme vous périssent. »

Louis XVI écrit de sa main l'ordre formel aux Suisses de poser les armes et de se retirer dans leurs casernes. Devant cet ordre, les Suisses se soumettent, aussi bien ceux qui avaient accompagné le roi à l'Assemblée, une heure avant le combat, que ceux qui venaient d'y prendre part. Le désarmement s'effectue de lui-même. Les officiers sont enfermés dans deux ou trois pièces dépendant des bureaux de l'Assemblée ; les soldats sont recueillis dans l'église des Feuillants^.

4. Une partie des officiers prisonniers aux Feuillants survécurent

Cependant la colonne des Suisses qui formait Tarrièregarde avait continué de marcher directement vers le pont tournant.

L'effort des tirailleurs se porte bientôt exclusivement sur elle. Elle est obligée de s'arrêter plusieurs fois pour resserrer ses rangs, qu'entr' ouvrent à chaque instant les nouvelles décharges de ses ennemis invisibles. Ceux-ci sont renforcés par les plus braves des insurgés du Carrousel qui, ayant rapidement traversé le vestibule, se sont précipités à la poursuite des soldats, tandis que les pillards font le sac des appartements et que les assassins de profession achèvent les blessés.

Les Suisses atteignent le grand bassin octogone. Ils sont sauvés s'ils arrivent sur la place Louis XV et peuvent gagner les Champs-Elysées. Mais la place est occupée

à la journée du 10 août. Ce furent à peu près les seuls. Onze- se trouvaient réunis dans une même pièce ; un député, dont le nom doit être transmis à la postérité, Bruat (du Haut-Rhin) , vint les trouver et leur dit en allemand qu'il allait faire tout ce qui dépendrait de lui pour les sauver; le soir venu, il leur procura des déguisements, les fit sortir par une porte dérobée. Trois autres officiers furent sauvés par un garçon de bureau du Corps législatif, nommé Daigremont. De ces quatorze officiers , huit ou dix purent regagner la Suisse, et c'est avec leurs souvenirs réunis que le capitaine PfyfTer d'Altishoffen composa son très-intéressant récit publié en 4849. Quelques autres, notamment les lieutenants d'Ernest et de Diesbach, furent arrêtés lors des visites domiciliaires de la fin d'août et périrent le t septembre. Nous avons été assez heureux dans nos recherches pour retrouver les interrogatoires subis, le matin même du jour du massacre , par ces deux malheureux jeunes gens, devant l'un des directeurs du jury d'acx^usation du ^tribunal du 47 août. Nous donnons ces deux pièces à la fin de notre volume, note XV. En marge sont écrits, ces mots sinistres: « Les prévenus ont été massacrés à l'Abbaye. »

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