‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 2 sur 262 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

lions enthousiastes ou les poursuivent de leurs huées sinistres.

Le drame immense de la révolution peut être œmparé aux tragédies grecques , dont les héros, innocents ou coupables, sont emportés par un irréparable destin. Les tribunes y jouent le rôle du chœur; elles participent à l'action, elles mêlent leur voix à celle des acteurs principaux, elles distribuent le blâme ou l'éloge aux personnages placés sur le devant de la scène. Mais, moins généreuses que le chœur de Sophocle, qui s'intéresse au malheur et proteste contre le triomphe du crime, elles accompagnent de leurs imprécations le départ des victimes, qu'attend le bourreau, ce représentant de la fatalité antique.

Qu'est-il besoin de raconter en détail les dernières tentatives faites par quelques hommes courageux pour arrêter dans son cours le flot révolutionnaire, de décrire une à une les scènes scandaleuses dont l'Assemblée législative était journellement le théâtre? De ces tentatives, de ces scènes, contentons-nous de mentionner celles qui eurent une influence décisive sur la marche des événements; voyons comment chaque eflbrt des constitutionnels tourna contre eux, et comment chaque arme légale fut brisée entre leurs mains, à mesure qu'Us essayèrent de s'en servir.

Le lendemam du brusque départ du général La Fayette, le ministre de la guerre Lajard transmit à l'As-

semblée une lettre du maréchal Luckner, qu*un courrier extraordinaire venait de lui apporter. Cette lettre, datée de Menin, 28 juin, contenait des protestations de dé- Touement absolu à la royauté constitutionnelle, et constatait un parfait accord avec un général a qui avait acquis le droit de faire entendre sa voix toutes les fois qu'il s'agissait de liberté. »

La date de la lettre de Luckner coïncidait avec celle de l'arrivée de La Fayette à Paris, mais les événements avaient marché plus vite que le courrier. On avait espéré un coup de théâtre , qui manqua totalement ; la droite dut demeurer silencieuse, et la gauche put renouveler ses dénonciations contre les généraux qui colportaient parmi leurs troupes des pétitions inconstitutionnelles.

A l'appui de ces dénonciations, qui jusqu'alors étaient restées dans le vague , Gensonné dépose sur le bureau du président une lettre écrite par un officier de l'armée du Nord, dans laquelle l'ex-constituant Charles Lameth est accusé d'avoir excité les troupes de sa division à signer une adresse improbative des derniers événements. En vain Mathieu Dumas s'écrie que l'on désorganise l'armée; la dénonciation signée par Gensonné est renvoyée à la commission des Douze ^.

4 . Nous avons retrouvé le texte même de la dénonciation de Gensonné ; elle consiste dans un simple extrait de la lettre qu'il lut à l'Assemblée et qu'il se contenta de certifier. Cet extrait se trouve au Moniteur du 4" juillet, p. 759.

Nous avons également retrouvé la réponse que Charles Lameth ûl à cette dénonciation aussitôt qu'elle parvint à sa connaissance; elle est aussi noble qu'explicite. Nous la donnons à la fin du volume, note ii.

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