‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 22 sur 262 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

tourne presque toujours contre l'inventeur même rkistrument qu'il a forgé pour frapper ses çnnemis.

A peine l'orateur est-il descendu de la tribune que le ministre de la justice vient annoncer que le roi a sanctionné, dès le 7, la loi votée le 6 sur les formalités h remplir pour déclarer la patrie en Ranger. Si la décision relative à la suspension du maire se trouve retardée, c'est uniquement, ajoute-t-il, parce que toutes les pièces n'ont pas encore été envoyées par le département.

A ces mots, Dusaulx se lève et demande que le procureur-général-syndic soit mandé à la barre pour y rendre compte des retards dont il est cause. Le département est seul coupable, dit Guérin réitérant sa motion ; que le pouvoir exécutif agisse contre lui. Thuriot ajoute : « n n'y aurait plus de vertu sur la terre, si M. Pétion n'était pas un honnête homme *. »

La droite éclate de rire. Mais la majorité ne s'estime pas satisfaite du double rapport ministériel, et décrète que 5 le lendemain , à midi, le ministère reviendra faire un rapport plus complet sur la situation intérieure et extérieure.

Conformément à ce décret, les ministres paraissent tous à la séance du 10 juillet ; c'est encore le ministre de la justice, le moîiis antipathique à l'Assemblée, qui porte la parole en leur nom .

Dans un discours très-étendu 2, Dejoly cherche à dé-

4. Journal des Débats et Décrets j n° 287, p. 433. Moniteur, p. 807. 2. Moniteur j p. 809, 840 et 8H.

montrer que le fanatisme n'est point la cause principale des divisions intestines, mais qu'il faut la chercher dans l'existence de ces sociétés d'amis de la Constilulion^ qui ont étendu leurs ramifications dans toutes les communes de France, violé en plusieurs occasions le secret des lettrès, cité les ma^strats à leur barre, asservi les municipalités, commis les attentats les plus manifestes contre cette même Constitution dont ils s'intitulent faussement les amis.

Le ministre termine son rapport par une déclaration que ses collègues et lui s'étaient imaginé devoir produire une impression très-vive sur l'Assemblée, et qu au contraire elle accueillit avec la plus complète indifférence *.

tf Les ministres, dit-il, manqueraient à ce qu'ils doivent à l'Assemblée s'ils ne déclaraient que, dans un tel état de choses, ou plutôt dans ce renversement de tout ordre, il leur est impossible d'entretenir la vie et le mouvement d'un vaste corps dont tous les membres sont pa-

4 . Voir la pièce annexée au rapport de Gohier sur les papiers trouvés dans l*armoire de fer et cotée nxxi. Les six ministres v déclarent

à Louis XVI « qu'ils se sont résolus à donner leur démission pour démontrer à la nation que TAssemblée nationale agit de manière à détruire toute espèce de gouvernement , et qu'il y a lieu de penser qu'une pareille détermination fera un effet très-considérable sur l'opinion publique. » Cinq de ces ministres persistèrent dans leur résolution, un seul revint sur ce qu'il avait solennellement annoncé; ce fut justement celui-là même qui portait la parole au nom de ses collègues. Dejoly conserva les sceaux jusqu'à la chute de la monarchie et fut obligé, comme nous le verrons dans le livre Vfll, de les apposer sur le décret prononçant la suspension du monarque. Certes, Louis XVI ne se doutait pas, quand il les avait remisa Dejoly, quel en serait le dernier usage.

Page 1