LIVRE IV
a Paris, le \ 1 juillet 1792, ah iv de la liberté.
« Monsieur le Président,
« Voici encore un nouveau délai demandé parles n)i- « nistres pour prononcer sur ma suspension. La loi ne <( Qxe point de terme à la décision du roi ; mais la raison, « la justice, l'intérêt public ne permettent pas que le (c terme soit indéfini. Déjà plusieurs décrets ont ordonné « aux ministres de faire part de la résolution du pouvoir « exécutif. Ces décrets sont éludés d'une manière séance daleuse et sous des prétextes divers. Il est facile de a pénétrer la cause de ces lenteurs affectées. Je ne dois « cependant pas être perpétuellement le jouet des intri- « gués et des passions. Il y a ici un déni de justice évi- « dent, et quel moyen ai-je de le faire cesser? Je ne puis « pas me pourvoir devant les tribunaux ; je ne puis avoir (c recours qu'à vous, messieurs, et j'attends tout de votre (t justice.
« Je suis, monsieur le Président, etc.
« Le maire de Paris, Pétion. »
La lettre de Pétion électri^e la gauche, qui fait décréter que le pouvoir exécutif sera tenu de se prononcer dans les vingt -quatre heures sur le maintien ou l'annulation de l'arrêté départemental.
Dès le soir même, on voit défiler à la barre le ban et l'arrière-ban des sans-culottes de Paris et des départements. Nous ne nous arrêterons pas à décrire le spectacle que présentent ces députations, composées à peu près invariablement du môme personnel et venant débiter les
mêmes rapsodies. Une seule mérite une mention particulière ; elle se compose de soixante ouvriers de la section des Gravilliers qui, au retour du Champ-de-Mars, où ils ont travaillé aux préparatifs de la fédération, défilent pelle sur l'épaule et hotte sur le dos.
Ils résument ainsi leurs demandes, et la naïve brutalité de leur style répond au négligé de leur tenue :
(( Pétion et Manuel restaurés dans leurs fonctions ; le directoire cassé ; La Fayette mis en accusation, et, pour le peuple, les moyens de se constituer paisiblement et légalement en état de résistance à l'oppression. »
Presque au même instant, une députation du corps municipal vient annoncer que les juges de paix Menjaud et Fayel ont lancé contre Pétion et Manuel des mandats d'amener.
« C'est une violation de la loi, s'écrie Rouyer, un attentat à la Constitution qui a déclaré les officiers municipaux inviolables dans l'exercice de leurs fonctions. » — « Je dénonce à l'Assemblée, ajoute Masuyer, le comité des juges de paix, ce tribunal de sang * établi aux Tuileries, et qui de là décerne des mandats d'amener non pas seulement contre le maire et le procureur de la commune,
4. Le girondin Masuyer dénonçait le 12 juillet 4792 le tribunal de sang qui, disait-il, siégeait aux Tuileries, et qui était parfaitement innocent des mandats d'amener qu'on Taccusait d'avoir expédiés contre trente députés. Quel nom donnera-t-il au tribunal révolutionnaire qui enverra à l'échafaud, le 34 octobre 4793, vjngt-deux de ses amis et le condamnera lui-même à mort (29 ventôse, an ii) sur la simple constatation de son identité? La Convention l'avait mis hors la loi pour s'être soustrait à Tordre d'arrestation lancé contre lui.