‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 26 sur 262 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

mais aussi contre des représentants du peuple. — Trente mandats d'amener sont décernés contre nous, s'écrie Cambon, je demande que l'Assemblée se déclare en permanence. )}

L'Assemblée, que semble gagner l'effroi calculé de la gauche, décide que la séance durera toute la nuit (il était déjà trois heures et demie du matin) . Mais, quelques instants après, des citoyens du faubourg Saint- Marcel ayant rapporté qu'ils arrivaient de la mairie et qu'ils avaient trouvé Pétion paisiblement endormi, le président arrête le cours des délibérations et ajourne la séance au même jour 12 juillet, 9 heures.

Dans le cours de cette séance du 12, on reçut enfin le message royal qui confirmait purement et simplement la suspension du maire et du procureur de la commune.

Presque aussitôt après, le président annonce que Pétion demande à être admis à la barre. L'Assemblée ne saurait faire attendre le roi du moment. 11 entre donc, salué par de formidables acclamations ; il promène un regard satisfait autour de lui et, prenant l'attitude non d'un humble accusé, mais d'un accusateur triomphant, il commence ainsi :

« Je me présente devant vous avec la sécurité que donne une conscience sans reproche ; je demande une justice sévère, je la demande pour moi, je la demande pour mes persécuteurs. Je n'éprouve pas le besoin de me

justifier, mais j'éprouve celui très-impérieux de venger la chose publique. »

Pétîon attaque ensuite le conseil du département, a corps ambitieux et usurpateur » qui, en signant son fameux arrêté, s'est rendu coupable « d'un scandaleux libelle, plein de haine, de jalousie et d'impostures... J'ai le droit, dit-il, d'en exiger une éclatante réparation...

« Le département m'a rendu un service en me suspendant; le roi m'en rend un autre en confirmant son arrêté. Rien ne peut m'hohorer plus que ce concert de volontés contre un homme de bien... Représentants d'un grand peuple, n'ayez dans cette affaire d'autre clémence que la justice. Punissez-moi, si je suis coupable; vengezmoi, si je suis innocent. J'attends avec une respectueuse confiance le décret solennel que vous allez porter. »

De nouvelles acclamations retentissent, les émeutiers des tribunes crient à tue-tête : Vive Pétionl Vive notre amil Les honneurs de la séance sont naturellement accordés au maire suspendu ; l'Assemblée charge la commission des Douze de faire son rapport le lendemain et décrète qu'elle statuera ensuite sans désemparer. C'était assez clairement laisser voir en quel sens elle voulait brusquer les choses.

La séance du 13 s'ouvrit, comme d'habitude, à neuf heures; mais le rapport ne devait être lu qu'à midi. Il fallait ne pas laisser l'attention de l'Assemblée se disperser sur d'autres objets; Brissot demande donc à lire « une pièce de la plus haute importance, un chef-d'œuvre de discussion et de méthode, le réquisitoire du procureurgénéral-syndic du département. » L'Assemblée le lui per-

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