‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 28 sur 262 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

étendue à tous les tribunaux ; décrétez qu'il n'y aura plus besoin de pièces pour juger! » L'Assemblée n'en persiste pas moins à refuser la lecture obstinément réclamée par la droite. Plusieurs membres de ce côté déclarent qu'ils ne prendront dès lors aucune part à la délibération, faute d'être suffisamment éclairés.

Delfau, cependant, parvient à s'emparer de la parole et commence une violente philippique contre Pétion. « Le maire de Paris a-t-il fait tout ce qu'il devait? Non. Jouissant d'une influence souveraine sur le peuple, connaissant les intentions du rassemblement, il devait le suivre jusqu'à l'Assemblée nationale, jusqu'au palais du roi, et, si la persuasion devenait inutile, il devait se rappeler la conduite du maire d'Étampes, la mort du vertueux Simoneau... »

A gauche éclatent des exclamations moqueuses, à droite des cris d'approbation ; au milieu du tumulte, Dumolard fait entendre cette belle parole : « Les murmures de l'anarchie honorent les mânes du vertueux magistrat. — Ne vaut-il pas mieux, reprend Delfau, mourir honoré que de vivre en lâche et sans honneur? » Le tumulte atteint les proportions d'un scandale quand Delfau rappelle le banquet qui avait réuni, la veille même du 20 juin, Pétion et trois cents de ses amis, sous les bosquets des Champs-Elysées. « C'est faux, c'est faux ! » répliquent plusieurs voix. Isnard, Bazire, Guadet, Tome, Bellegarde s'élancent au milieu de la salle, accusant l'orateur d'imposture. « Voilà les convives qui se fâchent ! » s'écrie-t-on à droite. Guadet explique qu'en effet, lui et trois cents députés ont célébré, dans un banquet, l'anniver-

saire de Tabolition de la noblesse, mais il affirme que Pétion, digne d'y être, n'y assistait point. Ses collègues conûrment son affirmation. En vain Delfau prétend -il qu'il tient le fait de plusieurs autres députés; sans cesse interrompu, sans cesse hué par les tribunes, il finit par renoncer à la parole.

Plus heureux, un autre membre de la droite, Dalmas d'Aubenas, parvient à se faire entendre. « Un grand attentat, dit-il, a été commis : la majesté de la nation a été outragée dans la personne de son chef. — Pas de chef! s'écrient plusieurs voix. — Une multitude armée, au mépris des lois, a outragé sa personne. Où étaient alors les magistrats du peuple? avaient-ils un point de ralliement? Il y avait, il est vrai, dans quelques endroits, des ofliciers municipaux, mais partout l'autorité municipale était absente. Le maire arrive cependant assez tôt pour être témoin des excès, et il félicite le peuple de sa fermeté ! Hier encore, ce même maire n'a-t-il pas insulté à votre indignation, en disant que tout avait été respecté? Il vous parle du vœu du peuple qui l'environne; il veut sans doute parler de ceux qui, avec lui, ont violé la loi. II vous parle du despotisme du département ; il vous parlera du despotisme de toutes les autorités, tant qu'il ne sera pas élevé à cette dictature qu'on lui destine. » La droite réclame l'impression d'un aussi courageux discours , mais la majorité, honteuse d'avance de ce qu'elle va faire, la refuse.

Daverhoult essaye de reprendre la thèse soutenue par Dalmas, mais bientôt les rires couvrent sa voix. « Puisque je dois être mis en spectacle comme un histrion ,

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