‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 31 sur 262 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

foire son rapport. Les complices de Manuel furent obligés d'apporter, le 23 juillet, une nouvelle sommation dont la forme brève indiquait assez qu'il était temps A'dbéiri

« Législateurs, Manuel est nécessaire à son poste. Ses concitoyens soussignés vous le redemandent avec instance. »

Le soir même, la discussion fut ouverte ; les mêmes phrases, prononcées en Saveur de Pétion, furent répétées à la glorification de Manuel. En vain Delfou et Tronebon firent-ils encore entendre de courageuses paroles, il y avait d'avance parti pris de tout absoudre. La suspension du procureur de la commune fut levée comme Tavait été celle du maire, aux applaudissements des tribunes.

Louis XYI sanctionna le décret en faveur de Manuel, comme il avait déjà sanctionné le décret relatif à Pétion. Voulant laisser à l'Assemblée toute la responsabilité de cette double réintégration, il ne fit pas plus attendre sa signature au bas de l'absolution du 23 qu'il ne l'avait fait pour celle du 13.

Mais l'esprit de parti était si violemment excité, que personne ne tint compte au roi de son abnégation ; elle passa complètement inaperçue.

En revanche, la réiDStallation des deux magistrats s'efiectua avec le plus grand éclat. Le 1& juillet, Pétion avait été l'objet d'une véritable ovation au Champ de Mars. Le 25, dans une séance solennelle du conseil général de la commune. Manuel inaugura sa rentrée par le discours suivant :

« Messieurs,

« Je reprends ma place, parce que je n'ai point mérité de la perdre. Le département et le roi ont pu me suspendre, mais j'étais plus fort qu'eux, j'avais pour moi ma bonne conscience et le suffrage, on ne dit plus des honnêtes gens, mais des hommes de bien. La commune n'a point à applaudir au retour de ses magistrats, c'est une justice qu'on leur a rendue; ils n'auraient point voulu de grâce. Comme eux, l'Assemblée nationale a fait son devoir. Mon honorable exil m'a procuré un plaisir que je sentirai toute ma vie. J'ai reçu du peuple de ces marques d'estime et d'attachement que les déserteurs de la commune ne recevront jamais à la cour des rois qui n'ont encore que de l'argent à donner. Je n'avais pas besoin de cet encouragement pour le servir, c'est par principe comme par sentiment que j'ai toujours défendu ses droits, et avec mon caractère on ne change jamais- Mon ambition est et sera toujours la même : mériter l'estime des bons citoyens et la haine des méchants^. »

Le 13 juillet, on se le rappelle, l'Assemblée nationale,

4. Moins d'un an après , l6 49 janvier 4793, Manuel^ en butte aux menaces les plus violentes des tribunes de la Convention, donnait sa démission de représentant et se retirait à Montargis, sa ville

natale. H faillit y être écharpé par la populace. Arraché tout sanglant des mains des assassins, il fut conduit prisonnier à Orléans, de là traduit au tribunal révolutionnaire de Paris et condamné à mort , le 27 brumaire an ii (47 novembre 4793 ).

Telles furent les marques d'estime et d'attachement que lui donna, en 1793, ce peuple qui l'applaudissait avec frénésie en juillet 47921

en amnistiaDt le maire de Paris, avait décrété que le ministre de la justice rendrait compte, sôus trois jours, des poursuites qui avaient dû être faites contre les instigateurs et auteurs du 20 juin.

A la date fixée, quoiqu'il n'eût pas encore reçu la notificatioD officielle du décret, Dejoly était en mesure d'obéir. Le juge de paix de la section des Tuileries avait rédigé wi rapport général de ce qu'il avait fait et se proposait de foire. Le ministre l'envoya au président, mais l'Assemblée fit à peine attention à cette communication^. Elle était dans ce moment tout occupée des accusations que la gauche ne cessait de renouveler contre le directoire du département qui avait osé porter la main sur l'arche sainte du moment : la municipalité parisienne. Rien, en effet, n'était plus logique que de demander la suppression de ce corps; ne venait-il pas d'être frappé d'impuissance?

Certaines sections, où les idées ultra-révolutionnaires régnaient presque sans conteste, exercèrent leur pression ordinaire afin que l'Assemblée tirât les conséquences rationnelles de l'acquittement de Pètion. « Pourquoi, s'écriaient, à la séance du 19 juillet, les délégués de la section des Lombards, le décret qui nous a rendu le vertueux, l'incorruptible Pétion, n'a-t-il pas prononcé l'arrêt de mort du département contre-révolutionnaire? Pourquoi n'examine-t-on pas la conduite

4. Nous donnons, à la fin de ce volnme, les lellrr^s du minisire do la justice et le rapport du juge de paix, Menjaud, ((ue nous avons eu le bjnheur de retrouver.

criminelle des juges de paix qui décernent aux Tuileries des mandats d'amener qui sont de véritables lettres de cachet? »

Les membres du directoire du département de Paris ne voulurent pas que leur personnalité fût plus longtemps discutée à l'Assemblée. Huit sur neuf, le vénérable duc de La Rochefoucauld en tête, donnèrent leur démission.

En se retirant, ils cédèrent à une susceptibilité bien naturelle; cependant, à notre sens, ils eurent tort. Légalement, ils ne pouvaient être destitués que pour prévarication grave; I* Assemblée elle-même aurait eu la pudeur de reculer devant une pareille décision, car elle n'osa pas, le 8 août, comme nous le verrons, mettre La Fayette en accusation. Au milieu des crises révolutionnaires, un fonctionnaire public est comme une sentinelle, il ne doit jamais abandonner volontairement un poste auquel il a été appelé par la confiance de ses concitoyens. Il ne faut pas que les partis puissent croire qu'en abreuvant leurs adversaires de dégoûts, d'ennuis et d'outrages, ils pourront venir à bout de leur courage et de leur résolution.

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