LIVRE V
sa YiUe natale de la plus éclatante popularité, fit entendre cette noble protestation : « Cette adresse audacieusement criminelle suffirait pour déshonorer à jamais la commune de Marseille. Je dois à TAssemblée, je mo lois à moi-même et à mes commettants, de déclarer qu'elle est l'œuvre de quelques factieux qui se sont emparés des places, et non des Marseillais, qui sont de bons citoyens... Vous devez à Marseille, qui gémit sous l'empire de ces factieux, de manifester hautement votre improbation... Je demande que les signataires soient sévèrement punis. » Plusieurs membres de la droite réclamaient un décret d'accusation contre les auteurs d'un pareil appel à la révolte ; mais, sur la demande de Lacroix et de Cambou, qui n'osèrent pas cependant justifier les doctrines énoncées, l'Assemblée se contenta de renvoyer cette adresse à sa commission extraordinaire, en lui ordonnant de lui rendre compte, dès le lendemain, du résultat de ses délibérations.
Le lendemain était le 13 juillet; la commission des douze était tout occupée à faire son rapport sur la réinstallation de Pétion.-
La fête de la Fédération vint, le 1/t, faire une nouvelle diversion, et l'on ne reparla plus de l'audacieuse manifestation dont le bataillon marseillais devait, un mois après, donner une nouvelle édition autrement significative.
Cette deuxième fédération* fut aussi morne que la première avait été brillante; l'une avait été toute rayon-
4. l\ n'y eut pas de fête de la Fédération en 1794 A cause (Ju voyage de Yarennes qui venait d'avoir lieu.
Dante de joie et d'espérance, l'autre fut pleine d'angoisses et de troubles. En 1790, les cœurs couraient au-devant des cœurs ; les partis, à peine dessinés, oubliaient leurs dissentiments dans un embrassement fraternel. En 1792, les illusions étaient anéanties, les cœurs s'étaient ulcérés, les âmes débordaient d'amertume et de colère. Le baiser Lamourette, encore chaud sur les joues de ceux qui se Tétaient donné, était, depuis qu'on l'avait appelé le baiser de Judas, renié par ceux mêmes qui s'étaient abandonnés le plus facilement à cette démonstration sentimentale.
Les cérémonies officielles se ressemblent toutes. Les pensées secrètes des acteurs sont en contradiction flagrante avec les discours qu'ils prononcent ; on prête des serments que Ton sait ne pouvoir tenir ; on déclare pompeusement que l'ère des révolutions vient de se clore, au moment même où l'on s'apprête à la rouvrir ; on a sur les lèvres des paroles de concorde et de réconciliation, au fond du cœur des sentiments de haine et de vengeance.
L'Assemblée avait réglé, par un décret du 12 juillet, le cérémonial qui devait être observé dans la fête du 1/t. Du haut de l'estrade élevée au milieu du Champ de Mars, le président lut la formule du serment, chaque député répondit individuellement ; puis le roi prêta celui que la constitution lui avait particulièrement imposé; enûn le serment civique fut prononcé par le commandant de la garde nationale parisienne, et tous les citoyens répétèrent en un chœur général ces mots sacramentels : Je le jure.
Le roi était placé à la gauche du président et sans intermédiaire. Louis XVI était triste et résigné; lors-
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