LIVRE V
qu'entouré des membres de l'Assemblée* nationale il monta les marches de Tautel de la patrie, on crut voir, suivant la belle expression de M"* de Staël, « la victime s'ofTrant volontairement au sacrifice^. « Tous les honneurs populaires furent pour Pétion, le véritable roi du jour. On entendait hurler de tous les côtés : Pétion €u la mort! on voyait ces mots écrits sur toutes les bannières; les hommes à piques, lesémeutiers des faubourgs les portaient inscrits à la craie sur leurs chapeaux. Â voir l'enthousiasme dont il était Tobjet, Pétion put croire à l'éternité de sa popularité. Un an après, jour pour jour, il était mis hors la loi et les mêmes individus criaient : Pétion à la mort!
Les jacobins sentaient bien que La Fayette était le principal obstacle à l'accomplissement de leurs desseins. Aussi, dès le lendemain de la fête de la Fédération et de la rentrée triomphale de Manuel et de Pétion à l'Hôtel de Ville, réunirent-ils tous leurs efforts pour faire mettre le général en accusation. La commission des douze était peu favorable à cette mesure extrême. Elle ne pouvait éviter de donner son avis, mais elle résolut d'entamer une affaire aussi délicate par l'examen de la question théorique : Y a-t-il dans la constitution un article qui
4 . M"** de Staël était présente à cette fête. Elle a raconté ses im* pressions dans la troisième partie de ses Considérerions sur la RevokUion française j ch. vu. Nous y renvoyons nos lecteurs.
interdise le droit de pétition aux généraux et aux agents supérieurs de la force publique? Le rapporteur, Lemontey, répondit négativement et proposa une loi quij statuantsurTavenir, défendait : l'auxgénéraux d'armée, aux commandants en chef de détachements, places, etc., d'adresser aux autorités constituées des pétitions dans lesquelles il serait traité d'objets étrangers à leurs fonctions militaires ou à leurs intérêts personnels; 2* aux militaires en activité de service et aux volontaires gardes nationaux, de présenter des pétitions en nom collectif*.
La gauche avait paru pressée d'entendre le rapport des douze et de le discuter; mais voyant qu'il lui serait impossible de faire infliger au général La Fayette la peine de forfaiture et de destitution que le décret proposait d'appliquer aux infractions futures, elle changea tout à coup de tactique et demanda que l'on ajournât toute discussion, jusqu'à ce que la commission eût fait connaître son opinion sur les questions particulières que soulevait la démarche personnelle de La Fayette.
Mais les débats furent bientôt repris à l'occasion de l'arrivée de Lucknerà Paris. Il y était depuis deux jours et un décret lui avait ordonné : 1* de rendre compte à l'Assemblée des ordres qu'il avait reçus du ministre de la guerre et de ceux qu'il avait lui-même donnés depuis le commencement de la campagne; 2" de présenter l'état de tout ce qui était nécessaire pour assurer le succès des opérations à venir.
1. Le rapport de Lemontey, lu le 15 juillet, est tout entier au Afonileur, p. 833.