‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 47 sur 262 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Le dimanche et surtout le lundi soir, quand les deux cortèges, partis de la maison commune, y rentrèrent, ils étaient considérablement accrus par les enrôlés, qui, sans avoir quitté leurs habits de travail, avaient déjà le sac au dos, le Tusil ou la pique sur Tépaule, et marchaient en chantant des airs patriotiques. Une foule immense les accompagnait en criant : Vive la nation! vive la liberté! vivent leurs défenseurs !

Saint et enivrant enthousiasme, qui aurait dû être sans mélange! Toutes les passions, tous les délires des sectes politiques auraient dû expirer au pied de ces amphithéâtres, où Tamour de la patrie enfantait des héros. Mais Tesprit de parti ne peut s'apaiser devant les spectacles les plus sublimes. Ces sycophantes qui empruntaient le masque du patriotisme pour assouvir leurs implacables haines disaient tout haut dans les groupes :

a Malheureux ! où courez-vous ? pensez donc sous quels chefs il vous faudra marcher à l'ennemi! Vos principaux officiers sont presque tous nobles; un La Fayette votis mè^ nera à la boucherie. Eh! ne voyez-vous pas comme, sous les persiennes des Tuileries^ on sourit d'un rire féroce à votre empressement généreux mais aveugle'^. »

On cherchait ainsi à arrêter l'élan des volontaires parisiens; on s'efforçait surtout de retenir h Paris les plus exaltés des fédérés départementaux; on voulait les faire servir à la réussite des desseins que les meneurs ultra-

4 . Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution frann çaise, t. XVI, p. H2, d'après les Révolutions de Paris, n^CLIX, et autres journaux populaires.

réyolutionnaires ne prenaient déjà presque plus la peine de cacher. Il suffit de parcourir le Journal de la Société des Amis de la Constitution^ pour voir qu'au moment même ou T Assemblée nationale consacre tous ses soins à la défense nationale, les Jacobins ne parlent de nos armées que pour dénoncer la trahison des généraux et exciter les soldats contre leurs officiers. Ils s'occupent beaucoup moins des moyens de préserver les frontières de rinvasion que de renverser la royauté. Ainsi, à la séance du 15 juillet, Billaud-Varennes, qui n'était encore qu'un très-obscur avocat, s'écrie : « Le moment est décisif. Nos frères d'armes sont ici ; s'ils partent sans que de grandes mesures aient été prises, tous les sacriûces de la révolution ne conduiront la patrie qu'à l'esclavage. » Ainsi , peu de jours après , Robespierre déclare qu'avant de s'occuper de repousser l'ennemi extérieur, il faut punir « te traître dont Veanstence menace la tran- (luillité de la France, n Quel traître? Robespierre se garde bien d'être clair; il tient à rester dans les nuages. Mais ces nuages, voici Danton qui brutalement les déchire. <c Que les fédérés, s'écrie-t-il en plein club, examinent ce qu'il y a à faire pour sauver la patrie des trahisons du pouvoir exécutif. Le droit de pétition n'a pas été enseveli dans le Champ de Mars, avec les cadavres de ceux qu'on y a immolés... Que les fédérés présentent donc une pétition à l'Assemblée sur te sort du pouvoir exécutif, et ne se séparent pas avant que les traîtres n'aient été punis, ou mieux, n'aient pa^sé à l'étranger^. »

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