‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 49 sur 262 · LIVRE T · texte numérisé non relu

LIVRE T

Le 17 joiUet, une dépulalioo de fédérés se présente à la barre de TAssemblée et y lit une adresse où Ton tiùave itt phrases suivantes :

« Représentants, on nous dit que la nation est en danger : c'est nous appeler à son secours , c*est nous dise qu*il faut qu'elle soit sauvée; ^ elle ne peut l'être par ses représentants, il feut bien qu'elle le soit par eife-méme... Pères de la patrie, nous ne voulons point porter atteinte à notre constitution, mais nousvonlons qu'elle soit et qu'elle puisse être exécutée; nous ne refusons pa& d'obéir à un roi, mais nous mettons une grande difiërenœ entre un roi et une cour conspiratrice dont la constitution même, dont toutes les lois divines et humaines réclament la punition et l'expulsion. »

Après avoir employé cette précaution oratoire, les pétitionnaires dénoncent La Fayette, s'étonnent qu'il existe encore, demandent la destitution des directoires départementaux coalisés contre la liberté publique, et réclament « qu'il soit fait du pouvoir exécutif ce que le salut de l'Etat et de la constitution même exige dans le cas où la nation est trahie par lui. »

Aux Jacobins, les fédérés parlaient un langage à peu près semblable :

8 Frères et amis, nous avons entendu les cris de la patrie en péril, et nous avons volé à son secours... C'est à Paris que nous devons vaincre ou mourir, et nous avons juré d'y rester. C'est ici notre poste ; c'est le lieu de notre triomphe ou ce sera celui de notre tombeau...

« Simples conmie la nature, purs comme l'air que l'on

respire dans nos campagnes, ce n'est pas sur nous que le souQIe empoisonné des ambitieux portera sa contagion... Déjà des cabales se laissent deviner, qui voient le salut

de TEtat dans un changement de ministres. •• »

Le journal des Jacobins ne nous a pas conservé le nom de Fauteur de ces deux pièces d'éloquence, nous serions tenté de les attribuer à Robespierre lui-même. Nous croyons le reconnaître au style empesé et sentimental qui lui est propre, à la tendresse toute paternelle avec laquelle il accueillit ces deux adresses dans son journal, le Défenseur de la Constitution (n® 10), et surtout à Tallusion insidieusement lancée dans la dernière phrase contre les Girondins. Robespierre n'occupait alors aucun emploi public. Il s'était cantonné dans le club de la rue Saint-Honoré ; là, comme le dieu caché au fond du temple, il rendait ses oracles en attendant que ses séides inaugurassent au grand jour le culte de la haine, de l'envie et de la délation, déités que l'orgueilleux tribun personnifiait en lui.

Les pseudo-fédérés se déclaraient chaque jour prêts à mourir pour la patrie, mais ils restaient à Paris, couraient les tavernes et les clubs, s'amassaient aux abords de l'Assemblée et du château pour insulter la famille royale et les députés constitutionnels, faisaient des adresses pour demander la mise en accusation des généraux qui, dans ce moment même, défendaient notre

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