LITRE T
terriloire. Pendant œ temps, les Trais fédérés se diri^ geaîeat de tous les points du roj-aume Ters les armées actives ou les camps de résenre. Quelques-uns avaient élé obligés de traverser la capitale, ou s'y étaient laissé conduire, quoique Paris ne fût point sur leur route la plus directe. Mais, à peine arrivés, ils avaient pu s*apercevoir des manoeuvres perfides dont on cherchait k les entouoer. Ils avaient apprécié les compagnons parmi lesquels ils s'étaient fourvoyés ; ils s'étaient hâtés de fuir les luttes fratricides, et de quitter les clubs pour les camps ^. Là, au moins, la conduite à tenir n'était pas dout^ise; là, tous s'abandonnaient avec enthousiasme aux mêmes sentiments : la haine de l'étranger et l'amour de la patrie.
'Mais ces nouvelles forces s'ignoraient eDes-mèmes ; il Êdlait les organiser, ou plutôt il £aiUait organiser l'armée tout entière : œuvre d'autant plus diflSdle que l'émigration avait presque épuisé les anciens cadres, et qu'en présence du danger de la patrie, on devait, pour ainsi dire, improviser tout un matériel, armer, équiper, mstruire une masse énorme de volontaires.
L'Assemblée nationale ne resta pas au-dessous de sa tâche.
Les historiens ont exalté l'héroïque résistance que la France opposa à l'invasion étrangère, et en ont rapporté tout l'honneur à la Convention. Ils se sont mon-
4. Voir le discours prononcé à la barre de l'Assemblée par Ricard, ao Dom dé soiianle de ses camarades, pour démeoUr les adresses bbriqaées dans le club de la rue Saint-Honorô.
très souverainement injustes envers la Législative qui décréta la récpiisition de 1792. Les jHÎncipaux éléments de la résistance nationale ont été préparés par sa commission extraordinaire, composée, par moitié, de constitutionnels et de girondins, unanimes en tout ce qui concernait la défense du territoire. Si Yergniaud, organe habituel de ce comité, eut le malheur d'attacher son nom, comme président de la Législative et de la Convention, à des événements à jamais déplorables, ses entraînements et ses fautes seront rachetés, nous l'espérons pour sa mémoire, par son courage et par le servîœ immense qu'il rendit à la France en la dotant d'une armée qui devait la sauver de l'invasion étrangère.
Le 2& juillet, Yergniaud présenta un décret, concerté avec les généraux des armées du Rhin et du Midi, et aux termes duquel les bataillons de volontaires devaient être formés par cantons, et les grades, jusqu'à celui de lieutenant-colonel, donnés à l'élection. Ces jeunes gens, pariant pour ainsi dire du même village, ayant pu de longue date s'apprécier les uns les autres, n'hésitèrent pas, au moment où ils allaient affronter des troupes aguerries, à mettre de côté affections, rivalité, jalousies, et à choisir, pour les conduire à la victoire ou à la mort, les plus capaUes et ks plus énergiques d'entre eux. Si Ton parcourt la liste des officiers qui, dans chaque département, furent élus à l'heure suprême du danger de la patrie pour marcher à la tête des fédérés* on y retrouve les noms de la plupart de ces soldats illustres qui devaient ruiner la vieille tactique des généraux de Frédéric, de Marie-Thérèse et de Catherine, et remplir durant un