LIVRE V
tables chefs de la démagogie. Ainsi, les amis de Robespierre et de Marat faisaient courir le bruit que Yergniaud, Guadet, Condorcet, Brissot avaient pris leurs passe-ports pour fuir de Paris et au besoin trouver un refuge en Angleterre. A cette absurde accusation, Brissot répondit avec une noble fierté : « Je méprise trop les lâches qui abandonnent leur poste dans la crise où nous sommes, pour partager leur ignominie. » Quant aux autres, la calomnie tomba d*elle-même, mais nous la verrons se reproduire et devenir contre eux un chef d^accusation devant le tribunal révolutionnaire.
Ces bruits calomnieux furent-ils dus à l'attitude que
Ions à la frontière ne savent pas sans doute que les Autrichiens sont décidés à traiter avec la plus grande sévérité tous les hommes qui ne sont pas enrégimentés en troupe de ligne. On a beau nous débiter de grands mots, comme vingt millions de bras, la nation se lève tout entière, etc., il n'en est pas moins vrai que le droit des gens et les lois de la guerre veulent que tout habitant, bourgeois ou paysan, trouvé les armes à la main , est dans le cas de voir ses possessions ravagées et incendiées... Il n'appartient qu'aux troupes de ligne de s'armer et de faire la guerre; tout peuple qui en agit autrement s'expose aux plus grands malheurs, et n'a aucunement le droit de s'en plaindre. »
N^ du 22 : « Les puissances étrangères, qui vont prendre nos Suisses à leur service, comptent bien les employer contre nous et, comme ils sont tout rendus , ils ne veulent pas leur donner la peine d'aller les joindre pour les faire revenir ensuite : c'est autant de temps et de dépenses d'épargnés. »
N° du 22 : a Un député lisait à un de ses confrères une lettre des frontières qui commençait par ces mots : « Nos armées se replient, » un voisin Tinterrompit et lui dit : « Lisez plient, c'est le mot. »
prirent les principaux Girondins dans la deuxième quinzaine de juillet? On ne saurait rien affirmer à cet égard.
Nous avons déjà vu le rédacteur de l'adresse des fédérés aux JacoEins glisser quelques insinuations sur les calculs de ceux qui ne désiraient autre chose qu'un changement de ministère opéré au profit de leurs amis. A quelques jours de là (18 juillet), un autre Jacobin reprochait publiquement, dans la salle Saint-Honoré, à Vergniaud, d'être resté silencieux lors de la discussion sur l'affaire de La Fayette et de n'être pas éloigné d'une transaction avec le roi , s'il consentait à replacer au pouvoir certains ministres.
Robespierre surveillait les Girondins avec cette haine jalouse qui donne souvent des intuitions extraordinaires; savait-il qu'en ce moment ils étaient engagés dans une négociation avec Louis XVI, par l'intermédiaire du peintre Boze et de Thierry, l'un des valets de chambre du roi? Boze avait pris l'initiative de ces pourparlers, se figurant, avec naïveté, pouvoir mener à bonne fin une entreprise dans laquelle de plus habiles auraient vraisemblablement échoué; car il fallait que, de part et d'autre, on mît décote bien des préjugés, bien des ressentiments, bien des méfiances. Boze avait obtenu des trois principaux chefs girondins, Gensonné, Guadet et Vergniaud, qu'ils lui écriraient une lettre, destinée à être mise sous les yeux de Louis XVL Dans cet écrit, les trois députés exprimaient la pensée que les dangers qui menaçaient le roi pouvaient encore être conjurés, si définitivement et franchement il séparait, par des actes significatifs,, sa cause de celle de la contre-révolution;