‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 55 sur 262 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

8*il choisissait ses ministres parmi les partisans du nouvel ordre de choses ; s'il remettait la garde et Téducation du jeune prince royal à un gouverneur revêtu de la confiance de la nation; si, enfin, il retirait à La Fayette le commandement de Farmée^.

Les constitutionnels faisaient agir de leur côté auprès de Louis XYI, pour le déterminer à se jeter dans leurs bras. La Fayette ofirait toujours de recevoir le roi au milieu de son armée. Il était en correspondance active avec Lally-Tollendal, revenu tout exprès d'Angleterre, et, par son intermédiaire, entretenait des relations indirectes avec MM. de Montmorin et Bertrand de Molle ville, anciens ministres, et toujours confidents de Louis XYL

A ce$ deux propositions, si différentes par le but, les moyens et les hommes qui les présentaient, le roi répondit d'une manière à peu près identique. Aux Girondins , on fit dire d*une manière banale que le pouvoir exécutif apportait le plus grand soin au choix des mi-

I. Cette lettre, dont l'existence fut révélée parGasparin à la séance du 5 janvier 4793 , devint un des principaux chefs d'accusation produits contre les Girondins, devant le tribunal révolutionnaire, par les Amar et les Fouquier-Tinville. M. Granier de Gassagnac {Histoire des Girondins et des Massacres de septembre], page 447 du tome I*', dit que les Girondins, accusés par Robespierre à l'occasion de cette lettre, se sauvèrent « par de vagues et inexactes explications. » Cette assertion est des moins fondées, car il suffit de se reporter à la séance du 42 avril 4793, pour voir que la lettre des Girondins fut imprimée, entre le 5 janvier et le 42 avril, par les soins deGensonné, qui Tavait écrite et en avait conservé la minute. Yergniaud et Guadet n'avaient fait que la signer. Elle se trouve in extenso dans les pièces justificatives de V Histoire de la Révolution, par M. Tbiers, 2* volume, p. 370.

nistres ; qu'il s'était tenu très-scrupuleusement dans les limites de la constitution ; qu'on avait mis tout en œuvre pour empêcher la coalition des puissances, mais que la guerre étant aujourd'hui déclarée et Tayant été par des ministres patriotes, il n'y avait plus qu'à la poursuivre. A La Fayette, par l'intermédiaire de son aide de camp La Colombe, on fit écrire : « Nous sommes bien reconnaissants envers votre général, mais ce qu'il y aurait de mieux pour nous serait d'être enfermés pendant deux mois dans une tour. » Aux intimes on disait : « M. de La Fayette sauvera peut-être le roi, mais il ne sauvera l>as la royauté. »

Ainsi, entre tous les partis possibles, la Cour choisissait le pire, celui de se laisser aller aux événements. Or, presque toujours et surtout en temps de révolution, les événements tournent au profit des audacieux et contre les timides. Quoi de plus naturel ? Les premiers les font naître, les seconds les subissent.

A ce moment, les Girondins semblaient caresser avec amour une idée qu'ils croyaient de nature à concilier les partisans de la république et les partisans de la monarchie. C'était, après avoir fait prononcer la déchéance de Louis XVI, de donner à l'enfant royal un gouverneur qui aurait été investi d'une grande partie du pouvoir exécutif, et aurait reçu leurs inspirations ; par ce moyen ils espéraient se séparer avec éclat des auxiliaires

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