LIVRE V. 4Î
applaudit et décréta Timpression de son discours. On jeta feu et flamme au club Saint-Honoré contre Brissot ; mais si les récrimiDations furent violentes, elles s'apaisèrent assez vite, parce que les diverses nuances du parti comprirent qu'au moment de Faction il fallait étouffer tous les germes de division, sauf à les faire revivre plus tard. La tolérance des Jacobins fut poussée à un tel point que, Lasource s*étant permis d'attaquer les fédérés parce qu'ils restaient à Paris, Legendre ne put le faire rappeler à l'ordre; Manuel supplia la société de ne point infliger sa censure à l'orateur girondin, en raison des services qu'il avait précédemment rendus à la chose publique^.
Du sein de l'Assemblée nationale et du club des Jacobins, l'agitation descendait dans la rue. Le bruit 8*était répandu dans Paris que l'on faisait aux Tuileries des dépôts d'armes. Le ministre de l'intérieur, pour dissiper les soupçons, écrivit à Pétion que le roi désirait que deux officiers municipaux vinssent sur-le-champ visiter le palais; mais le conseil général refusa de délibérer sur cette motion et chargea le maire d'écrire au comité de la section des Tuileries qu'il eût
FaffÛt de la faveur populaire, et s*apercevant du mauvais efifet que la harangue de Brissot avait produit sur les Jacobins, se gardèrent bien de remplir leur promesse.
1. Journal de la société des Amis de la Constitution, séance du 29.
à recevoir de chacune des personnes habitant le château la déclaration des armes en leur possession^. Ainsi, la municipalité traitait le roi comme un simple particulier^ qui devait aller à sa section remplir les formalités auxquelles était astreint tout habitant de Paris. II est difficile de concevoir une plus insolente manière d'agir vis-à-vis de celui que, dans le langage constitutionnel, on appelait le représentant héréditaire de la nation.
La droite réclama à diverses reprises le rapport du décret qui avait rouvert nuit et jour au public la terrasse des Feuillants; T Assemblée se contenta de charger son comité de résoudre cette question : « Le jardin des Tuileries est-il ou n'est-il pas une propriété publique? » Les meneurs n'attendirent point la réponse. Gomme leur intérêt était d'empêcher tout mouvement partiel, ils établirent entre la terrasse et le jardin un ruban tricolore. Cette barrière qui, au dire du Patriote français, marquait la ligne de démarcation entre te territoire français et le territoire autrichien, fournit aux Jacobins de nouvelles occasions d'injurier le roi. Presque chaque matin on trouvait attachées au ruban des devises menaçantes, celle-ci notamment : <t La colère du peuple tient à un ruban ; la couronne du roi tient à un fil. »
Cependant, les déms^ogues s'impatientaient des hésitations de l'Assemblée ; ils craignaient surtout de voir
4 . A Toccasion de ces dépôts d'armes que Ton prétendait exister aux Tuileries, il s'engagea, entre le ministre de Tintérieur et le maire, une correspondance fort curieuse. Elle fut imprimée à l'époque mémo par ordre du ministre de rintérietif.