‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 60 sur 262 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

s*éIoigDer les fédérés, dont Tautorité militaire pressait le départ pour Soissons^. Afin d'avoir le prétexte de retenir au moins ceux qu'on voulait œnserver à Paris» on imagina de leur donner, le 26 juillet, un banquet populaire sur les ruines de la Bastille. Mais était-ce simplement une fête destinée, suivant le langage du temps, à sceller la fraternité entre Paris et les départements? Non, sans doute; les meneurs jacobins et cordeliers espéraient bien que cette soirée pourrait devenir l'occasion de l'insurrection depuis longtemps projetée.

En effet, vers sept heures du soir, le cabaret du Sokil d'or, situé vis-à-vis de la Bastille, à l'entrée du faubourg Saint-Antoine, recevait dans une arrière-boutique les oonspirateiu^ subalternes qui s'étaient chargés de mettre ce jour-là en mouvement les masses populaires. A l'étatrmajor ordinaire de l'émeute, à Santerre, à Lazowski, à Foumier FAméricain, s'étaient joints Yaugeois, vicaire constitutionnel de l'évêque de Blois, le collègue et Tami de l'ex-capucin Chabot; Westermann, alors simple greffier de Hagueneau, le seul vraiment brave de toute cette troupe ; le journaliste Carra, l'homme de plume et le futur annaliste de l'insurrection; le professeur Guillaume, Debessé de la Drôme, Galissot de Langres, Anthoine, ex-maire de Metz, président des jacobins, et plusieurs autres agitateurs obscurs.

Quelques-uns de ces individus faisaient partie du di-

4. Du 44 au 30 juillet, il partit de Paris 5,344 fédérés départementaux. Voirie rapport du ministre de la guerre, lu à la séance du 30 juillet au soir. {Journal des Débats et Décrets, d» 308, p. 453.)

rectoire secret des fédérés, les autres n'étaient que des meneurs consultants. Entre eux fut discuté et dressé un premier plan d'attaque des Tuileries. L'insurrection devait se ranger autour de drapeaux rouges, dont le modèle fut apporté par Fournier. On y lisait ces mots, écrits en caractères noirs : « Résistance à l'oppression ; loi mar^ tiale du peuple souverain contre la rébellion du pouvoir exécutif. y^ Westermann se chargea d'aller à Versailles et d'en ramener la garde nationale avec ses canons. Lazowski promit que le faubourg Saint-Marceau serait prêt avant quatre heures du matin.

Cependant, on savait vaguement aux Tuileries ce qui se tramait. Le commandant général de la garde nationale. Mandat, avait convoqué six ou sept mille hommes, puis, ses moyens de défense disposés, s'était rendu à la mairie pour avoir des rei^^eignements précis et exciter le zèle du premier magistrat de la capitale. Pétion venait d'apprendre que la garde nationale de Versailles ne marcherait pas et qu'on ne s'entendait plus au Soleil d'or. L'insurrection n'ayant, ce jour-là, aucune chance de réussite, le maire était disposé à remplir son devoir ; il allait partir pour la Bastille, où il arriva à minuit.

Le festin civique était terminé. Tout le faubourg y avait pris part, chacun ayant apporté son souper. Les tables retirées, on dansait des farandoles civiques et on chantait des airs révolutionnaires. En parcourant les groupes, qui ne paraissaient penser qu'à se réjouir, le maire rencontre quelques fédérés, avec lesquels il cause en ami ; puis, après avoir tâté Vopinion^ il harangue la foule : a On connaît le projet d'aller au Château , toutes les mesures

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