‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 66 sur 262 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

L*adresse contenait une série de calomnies dirigées contre les généraux qui commandaient nos armées; elle tendait à jeter Tesprit d'insubordination et de révolte dans les rangs des soldats. Tout cela était déplorable ; mais ce qui Tétait bien plus, c'était l'innovation qui venait d'être consacrée, sans que ni la municipalité légale, ni le département, ni T Assemblée, ni le pouvoir exécutif eussent songé à s'y opposer, eussent entrevu toutes les conséquences qu'une pareille usurpation pouvait avoir dans un temps très-rapproché.

Ainsi, un pouvoir nouveau, sans règle, sans responsabilité, sans garantie, se posait, de son autorité privée, à côté de celui que la loi avait institué pour représenter la commune. Des commissaires, dont l'élection n'était entourée d'aucune formalité, dont les pouvoirs n'étaient pas toujours inscrits sur les registres, mais souvent libellés sur un chiffon de papier en l'absence du plus grand nombre des citoyens actifs de la section , enfin dont les attributions indéterminées pouvaient se prêter à la plus large extension, se réunissaient à l'Hôtel de Ville, délibéraient avec toutes les formes d'une assemblée régulière (président, secrétaire et procès-verbal) , prenaient des décisions et s'arrogeaient le droit de parler au nom de la population parisienne.

La commune insurrectionnelle du 10 août était toute trouvée. Les commissaires de section n'eurent plus, au

casion par les commissaires des sections. Nous le donnons à la fin de ce volume, note V. Le texte complet de Tadresse à l'armée se trouve dans Y Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, t. XVI, p. 244.

jour choisi par les conspirateurs, qu'à, venir s*empar^ violemment de la salle où siégeait le conseil général de la commune, et à dissoudre ce corps, qui leur avait ouvert lui-même les portes de l'Hôtel de Ville, les avait installés près de lui, leur avait, pour ainsi dire, reconnu le droit de parler et d'écrire en son lieu et place. Pourquoi des individus sans titre et sans mandat n'auraient-ils pas mis en action , vis-à-vis de ces municipaux si bénévoles , la fable de la Lice et sa compagne ? Cette fable n'est-elle pas de tous les temps et de tous les régimes ?

Grâce à l'établissement du bureau central de corre^ pondance, le mouvement révolutionnaire se généralisa. Une motion démagogique était-elle produite dans une section, presque instantanément elle était répandue, adoptée, ampliGée dans les autres. Non-seulement les sections correspondaient entre elles , mais encore avec toutes les communes de France; elles usurpaient le pouvoir législatif, inventaient des délits, édictaient des peines.

La section des Lombards proposait l'établissement d'un camp sous Paris, faisait afficher des avis aux Parisiens, dans lesquels elle menaçait de la fureur du peuple quiconque tirerait sur lui en cas d'insurrection, et garantissait la sûreté personnelle, ainsi que la propriété, à ceux qui se rangeraient de son côté.

La section du Théâtre-Français décrétait, dans un acte

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