LIVRE VI
France dans l'anarchie. Nous le demandons aux écrivains les plus disposés à pallier les crimes de la démagogie, peut-on citer le nom d'un de ces hommes qui vinrent, sous le titre de Marseillais, effrayer la capitale de leur sinistre présence, faire le sac des Tuileries, jeter bas un trône de dix siècles, présider aux massacres de septembre, et disparaître ensuite en laissant après eux une inefEsiçable trainée de sang ? Â chaque pas on re-
posée à fermenter l'écume des crimes vomie des prisons de Gènes, du Piémont, de la Sicile, de toute Fltalie enfin, de TEspagne, de T Archipel et de la Barbarie... Toutes les fois que la garde nationale de Marseille s'est mise en marche en dehors de ses murs, la horde des brigands sans patrie n'a jamais manqué de se précipiter à la suite et de jeter la dévastation dans tous les lieux de son passage. » ( Réveil (taiarme, par Blanc-Gilly.) Cette brochure extrêmement courageuse valut à son auteur, après le 40 août, un décret d'accusation.
Les historiens les plus favorables aux idées ultra-révolytionnaires ont eux-mêmes exprimé, sur les Marseillais, des opinions qui se rapprochent des nôtres. M. Louis Blanc (p. 464 du YI* volume) les appelle « des aventuriers intrépides. • M. Michelet les juge ainsi (p. 530 du m* volume) :
c Les cinq cents hommes de Marseille, qui n'étaient point du tout exclusivement Marseillais, étaient déjà, quoique jeunes, de vieux ba« tailleurs de la guerre civile, faits au sang, 4rès-endurcis : les uns, rudes hommes du peuple , comme sont les marins ou paysans de Provence, population âpre, sans peur ni pitié; d'autres, bien plus dangereux, des jeunes gens de plus haute classe, alors dans leur premier accès de fureur et de fanatisme, étranges créatures, troubles et orageuses dès la naissance, vouées au vertige, telles qu'on n'en voit guère de pareilles que sous ce violent climat... Le chant, dans leurs bouches, prenait un accent très-contraire à Tinspiration primitive, accent farouche et de meurtre; ce chant généreux, héroïque, devenait un chant de colère , bientôt il allait s'associer aux hurlements de la Terreur. »
trouve, dans les fastes militaires de cette époque, d'ancieus gardes françaises, d'anciens vainqueurs de la Bastille, qui plus tard se distinguèrent et parvinrent aux plus hauts grades; mais peut-on prouver qu'un seul d'entre ces Marseillais se soit distingué aux armées, y ait acquis quelque gloire, y ait péri d'un noble trépas? Que l'on cesse donc de mêler le souvenir de pareils brigands avec celui de l'hymne auquel, par une étrange aberration, on a donné leur nom. Ce chant sublime fut hurlé, il est vrai, dans les orgies et dans les scènes de meurtre dont fut souillée la capitale, mais il a conduit et il conduit encore nos jeunes soldats à la victoire ; il doit vivre éternellement dans la mémoire de tous les Français, comme le symbole de l'amour de la patrie et non comme le signal de la guerre civile. La Marseillaise a été improvisée à Strasbourg par Rouget de Lisle, qui n'eut jamais rien de commun avec les Marseillais, qui, après le 10 août, refusa de reconnaître le pouvoir issu de l'insurrection, et fut poursuivi pendant toute la Terreur par les sbires du comité de salut public ^ ; elle fut chantée pour la première fois dans la maison du maire Dietrich; proscrit peu de temps après comme ami du général La
4. Nous avons retrouvé le mandat d'arrêt lancé contre Rouget de Lisle. n est daté du 48 septembre 4793. a Le comité du salut public arrête que le citoyen Rougez (sic), surnommé de Lille, ci-devant officier du génie, retiré à Saint-Germain, sera mis sans délai en état d'arrestation, charge le ministre de la guerre de Texécution du présent arrêté.
a Membres présents à la séance : Jean Bon Saint-André, Camot, Prieur, Saint-Just, Robespierre, Hérault, Billaud-Varennes. a