LIVRE VI
Fayette, et traîné au tribunal révolutionnaire par les ordres de Robespierre^.
Deux jeunes Marseillais étaient depuis plusieurs mois à Paris : l'un, Rebecqui, avait été appelé à la barre de l'Assemblée pour rendre compte de sa conduite comme commissaire dans le district de Vaucluse ; l'autre, Barbaroux, avait été envoyé par sa ville natale pour veiller à certains intérêts locaux 2. Ils fréquentaient assidûment le club des Jacobins et les conciliabules secrets du petit appartement de la rue de la Harpe, où Roland était rentré après sa sortie du ministère. En correspondance régulière avec les sociétés populaires qui avaient expédié la bande des Marseillais, et avec la bande elle-même, pendant les vingt-sept jours qu'elle avait mis à traverser la
4. Dietrich fui suspendu de ses fonctions de maire de Strasbourg, le 49 août 4792. Il disparut durant plusieurs mois et vint se constituer prisonnier, le 40 novembre. Traîné de prison en prison pendant près d'un an, il fut traduit au tribunal révolutionnaire le 8 nivôse an n (28 décembre 4793), et condamné à mort, sur le témoignage de Philibert Simond et d'EuIoge Schneider, deux prêtres apostats, les chefs de la démagogie strasbourgeoise; ils devaient eux-mêmes ne pas tarder à suivre leur victinSe sur l'échafaud.
t. Ces deux jeunes gens devaient payer bien cher les rêves insensés dont ils se berçaient alors. Barbaroux, proscrit après le 34 mai, se réfugia à Caen, puis en Bretagne, enfm dans les environs de Bordeaux ; pendant treize mois, il eut à supporter le dénûment le plus complet, les tourments de la faim, les angoisses de la proscription ; il se tira un coup de pistolet sur le revers d'un fossé, se blessa seulement, fut pris par les agents de Robespierre et transporté à demi mourant à Bordeaux, n y fut guillotiné le 7 messidor an 11, mpins de deux ans après le 40 août, moins de cinq semaines avant la chute de ses persécuteurs. Rebecqui , pour échapper aux sicaircs du comité de salut public, se noya dans le port de Marseille, en floréal an 11.
France, ils furent instruits immédiatement de son arrivée à Charenlon, et se rendirent au-devant d'elle, en compagnie de Fournier l'Américain et d'un ancien procureur au Châtelet, fort mêlé depuis longtemps à toutes les menées démagogiques et qui devait bientôt acquérir une effroyable renommée sous le nom de Bourdon (de l'Oise) .
Ils s'abouchèrent avec les chefs de la colonne marseillaise. On décida qu'elle entrerait le lendemain dans la capitale, que le faubourg Saint-Antoine tout entier lui ferait escorte et qu'on proQterait de l'occasion pour enlever, de gré ou de force, la déchéance ou la suspension du roi.
Tout était prêt, croyait-on : Santerre avait promis quarante mille hommes de Saint-Antoine et de Saint-Marceau ; en passant sur le quai, un millier de patriotes se seraient détachés de la foule, auraient surpris l'Hôtel de Ville, y auraient installé les délégués des sections; un parc d'artillerie de la garde nationale, conduit d'avance sur leur route, serait tombé entre les mains des insurgés ; quatre cents citoyens auraient retenu Pétion à la mairie, quatre cents autres auraient arrêté le directoire du département; des hommes armés auraient occupé tous les ponts et les différents postes de la capitale. Gela fait, l'armée populaire, par trois colonnes, aurait envahi le jardin des Tuileries et la place du Carrousel ; le palais n'eût pas été attaqué, mais bloqué ; prenant d'un même coup de filet et le roi et l'Assemblée nationale, les chefs révolutionnaires auraient sommé celle-ci de sauver l'État en détrônant celui-là *.
1. Le plan, écrit au crayon par Barbaroux, fut copié par Fournier rAméricain. Mémoires de Barbaroux, p. 48-^:2.