‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 89 sur 262 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

la Chronique de Paris^ se bâtèrent de désavouer la trop audacieuse section.

« L'insurrection, disait celui-ci, est la dernière ressource des peuples opprimés ; elle est un devoir sacré juand il ny a pas pour^eux d'autre moyen de se sauver; mais un peuple, qui a des représentants demeurés fidèles, et qui, par leur organe^ peut toujours proposer et même déterminer les mesures de salut que les circonstances exigent, court lui-même à sa ruine, s'il préfère à ces moyens d'action, tempérés par la loi, des moyens dont l'illégalité seule serait capable de faire avorter tout le fruit. »

Mauconseil avait envoyé des commissaires dans cbacune des sections, pour colporter son arrêté et recueillir des adhésions; mais ils furent généralement très-mal accueillis. Le Jardin des Plantes refusa de délibérer; Mirabeau fit de même ; au Pont-Neuf on nomma six commissaires « chargés de dénoncer à l'accusateur public les fauteurs et adhérents de ces arrêtés qui tendaient à soulever le peuple contre les autorités constituées. » Diverses autres sections, notamment celles de l'Arsenal et de la Bibliothèque, élurent des délégués avec mission d'aller protester devant le corps législatif contre une entreprise aussi criminelle.

Dans la séance du k août au matin, l'arrêté Mauconseil fut dénoncé par plusieurs députés. Rouyer déclara que la faiblesse montrée jusqu'ici par l'Assemblée avait pu seule inspirer une pareille audace :

0 Si à cette audace il n'était point opposé, au nom

de la loi, une barrière infranchissable, les corps les plus Il k%

iU HISTOIRE DE LA TERREUR.

influents de l'Etat usurperaient successivement la souveraineté nationale; l'on en viendrait bientôt à proposer aux représentants du peuple de se retirer de leur salle et de céder la place à d'autres individus qui n'auraient aucune mission, aucun pouvoir. »

Rouyer avait conclu à l'annulation de l'arrêté de la section Mauconseil. Cambon, au nom de l'unité et de l'indivisibilité de Ja souveraineté nationale, demande que, séance tenante, la commission extraordinaire fasse son rapport sur cet arrêté. Cambon n'était pas suspect de modérantisme, car il appartenait à l'extrême gauche; aussi sa motion est-elle unanimement adoptée *.

Pendant que l'Assemblée attend le rapport des vingt et un, des citoyens de la section des Gravilliers, sous prétexte de déposer un don patriotique, se présentent à la barre, et demandent la mise en accusation du roi. Leur adresse se terminait ainsi :

« Législateurs, nous vous laissons encore l'honneur de sauver la patrie ; mais si vous refusez de la sauver, il faudra bien que nous prenions le parti de la sauver nous-mêmes. »

Girardin court à la tribune, réclame l'impression de cette adresse, « parce qu'il est bon, dit -il, que nos concitoyens sachent qu'une section de la capitale veut bien permettre au corps législatif de sauver l'empire...

<( Il faut enfin, ajoute-t-il au milieu des interruptions, que l'Assemblée nationale fasse respecter la sou-

h. Journal des Débats et Décrets, n<» 313, p. 53.

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