LIVRE VI
« Arrête enfin qu'elle invitera les quarante-sept autres sections et toutes les communes du département de Paris à adhérer à sa déclaration et à se réunir à elle, le 5 août, à onze heures du matin, pour la présenter au sein du corps législatif. »
Cet arrêté était accompagné d'une adresse à tous les citoyens de Paris, dans laquelle les vers se mêlaient plus ou moins agréablement à la prose ; car, nous aurons à le constater plus d'une fois, les révolutionnaires de cette époque avaient pour la poésie un culte tout particulier. Mais souvent quelle poésie !
« Le devoir le plus saint, la loi la plus chérie. <( Est d'oublier la loi pour sauver la patrie.
« Unissons-nous tous pour prononcer la déchéance « de ce roi cruel ; disons , d'un accord commun : « Louis XVI n'est plus roi des Français.
« Louis XVI est livré à la réprobation la plus avilis- « santé : toutes les parties de l'empire le rejettent avec a indignation, mais aucune d'elles n'a suffisamment « exprimé son opinion
a La section Mauconseil déclare donc à toutes les « parties du souverain... qu'elle ne reconnaît plus « Louis XVI pour roi des Français; qu'elle abjure le « serment qu'elle a fait de lui être fidèle, comme surpris « à sa foi :
a Le parjure est vertu quand on punit ua crime.
« Citoyens, imitez notre exemple : la tyrannie s*écroulo « et la France est sauvée pour jamais.
<c Le rendez-vous général est boulevard de la Made- <( leine-Saint-Honoré ^ »
L'arrêté Mauconseil fut reproduit dès son apparition par plusieurs feuilles démagogiques. Avec son impudence ordinaire, Carra déclara que la grande majorité des sections y avaient adhéré. Rien n'était plus faux; qu'importait à ce folliculaire, tant soit peu illuminé, un mensonge de plus ou de moins*? Mais d'autres journalistes, quoique fort avancés dans le mouvement, notamment Brissot, dans le Patriote français^ et Condorcet, dans
4 . Ces deux pièces se trouvent in extenso dans V Histoire parlementaire de MM. Bûchez et Roux, t. XVI, p. 247 et 248. Elles sont signées : Lechenard, président, et Bergot, secrétaire. Lechenard était un maître tailleur de la rue Comtesse-d' Artois, aujourd'hui rue Montorgueil, et Bergot un employé à la halle aux cuirs; ils ûrent tous deux partie de la fameuse commune de Paris pendant la Terreur, et périrent avec Robespierre, le 40 thermidor. Lechenard Ggure sur la liste générale des guillotinés sous le n"" 2737, et Bergot sous le n- 2695.
2. L'assertion de Carra, dans ses An7iales patriotiques ^ a fait tomber Fauteur de la Chronique des cinquante jours , Rœderer luimême, dans une étrange erreur: il dit, p. 321, que la section du Jardin des Plantes et la section Mirabeau furent les seules qui rejetèrent l'arrêté Mauconseil. Cela est complètement inexact; mais Rœderer écrivait sa Chronique à quarante ans de distance des événements, sans avoir sous les yeux les pièces authentiques. Ce livre, quoique digne d'être consulté par les historiens, renferme un certain nombre d'inexactitudes contre lesquelles il est bon de se mettre en garde.
On trouvera, à la Gn de ce volume, note X, des renseignements authentiques sur la manière dont l'arrêté de la section Mauconseil fut accueilli dans chacune des sections de Paris.