LIVRE yi
compagnons rautorisation de défiler devant les représentants du peuple.
Dans toutes les assemblées, il y a des gens toujours prêts à excuser n'importe quelles audaces, à justifier n'importe quelles insolences. Camot le jeune propose que Ton accorde aux pétitionnaires leur demande ; « car, dit-il, plaignons leur erreur, mais excusons-la après tant de provocations ! »
La majorité ne croit pas devoir pousser aussi loin l'abnégation chrétienne et le pardon des injures. Elle refuse d'autoriser le défilé et décide que vingt députés seulement seront admis, mais que le nombreux cortège qui les accompagne restera à la porte. Aussitôt après, la séance est levée, et l'Assemblée, toute fière du vote qu'elle vient d'émettre, se sépare, croyant avoir sauvé la patrie*.
On attribuait toujours au roi des projets de fuite, et la surveillance des jacobins se concentrait de plus en plus sur les Tuileries. Les sections les plus dévouées aux idées ultra-révolutionnaires envoyèrent de leur autorité
4. Ce nouveau blâme infligé par l'Assemblée à la section Mauconseil n'arrêta pas les agitateurs subalternes qui la dirigeaient. Lbuillier, qui en était le principal meneur, en même temps qu'il prenait ses précautions contre des poursuites judiciaires et se mettait sous la sauvegarde de la mairie, faisait adopter par ses amis les mesures préparatoires de l'insurrection. Celte section, désormais d'accord avec
privée des patrouilles dans les environs du Château; toutes les autres furent invitées à en faire autant^.
Bientôt la section des Gobelins ne proposa rien moins que de faire évacuer lé Château par les suisses et d'établir un camp autour des Tuileries pour garder le roi à vue. C'était difficile à exécuter de vive force; il était même douteux qu'on pût y faire consentir le corps municipal, qui seul avait le droit de régler le service de la garde nationale. Mais Pétion et ses amis savaient en- • velopper la pensée secrète des meneurs de trompeuses réticences; grâce à leur adresse, la municipalité rendit un arrêté, aux termes duquel la garde journalière du Château devait être à l'avenir composée d'un nombre déterminé de citoyens de tous les bataillons. « De cette façon, exposait Pétion dans son rapport, chaque section, ayant tous les jours au Château des citoyens de garde, ne pouvait avoir à se plaindre d'une injuste préférence, ni concevoir d'inquiétude 2. » Mais en réalité
celle des Quinze-Vingts, en avait ouvertement fixé la date à la nuit du 9 au 10 août.
Nous donnons, à la fin de ce volume , note \in, plusieurs extraits des procès-verbaux de la section Mauconseil pendant les premiers jours d'août.
1 . Voir le procès-verbal de la section des Quinze-Vingts, Histoire parlementaire, t. XVI, p. 404.
%, Voici la lettre de Pétion au commandant général de la garde nationale, où le germe de cette pensée se trouve :
a Monsieur le commandant général ,
a Les sections sont sur le qui-vive, les citoyens sont convaincus que le roi veut partir; ils demandent à grands cris à environner le Cliâ-